Journal de Lutte, 6 avril 2018

Le mouvement étudiant reprend en main sa médiatisation

La mobilisation étudiante souffre d’une médiatisation particulièrement partiale, qui s’attaque davantage à la forme du mouvement, notamment sur sa communication, plutôt qu’aux problématiques de fond  sur lequel il s’est construit. Hier, les étudiant-e-s mobilisé-e-s du Mirail à Toulouse ont envahi les locaux de la Dépêche du Midi pour contester la désinformation relayée par le quotidien et pour exiger la publication d’un communiqué sur le site internet du journal.1 Une action similaire a eu lieu à Nantes, où une cinquantaine d’étudiant-e-s ont investi les locaux d’Ouest France, pour dénoncer les trop nombreuses tribunes anti-blocus publiées dans le journal.2 C’est un aspect intéressant de cette lutte de voir que les méthodes circulent et que celles qui marchent peuvent être reproduites ailleurs.

De nouveaux établissements mobilisés

On dénombre à ce jour plus de 20 facs mobilisées voire bloquées et près de 50 lycées bloqués également. Les lycéen-ne-s sont de plus en plus impliqué-e-s dans la lutte contre la sélection car iels ont bien cerné quelles mauvaises surprises leur réservait le Plan étudiant pour la suite de leurs études.3 Une vraie convergence lycéenne et étudiante semble se mettre en place. Localement, les comités de mobilisation se rapprochent afin de porter des revendications et actions communes. Du côté des étudiant-e-s, Marseille et Aix-en-Provence ont rejoint le mouvement hier4 tout comme Sciences Po Paris, où une première AG rassemblant 240 personnes a eu lieu hier. Partout, le mouvement monte malgré le silence des médias.

Les universitaires se font entendre

Conscient-e-s d’avoir une place décisive dans la lutte qui oppose les étudiant-e-s au gouvernement, les universitaires prennent position dans la presse ou par d’autres voies alternatives contre le Plan étudiant. Selon les Économistes Atterrés, ce projet organise la « destruction de l’université », notamment par l’insufflation d’une logique libérale de marché au sein de celle-ci.5

De nombreuses UFR en France ont décidé de ne pas sélectionner leurs étudiant-e-s comme l’exige la loi ORE à travers la plateforme Parcours Sup.6 Les méthodes varient selon les facs, parfois un « oui » sera accordé à tou-te-s les étudiant-e-s, parfois il n’y aura pas de tri des dossiers, certain-e-s enseignant-e-s et personnels refusent de siéger dans les jurys d’admission ou encore tous les dossiers seront mis ex-æquo et renvoyés au rectorat.

La concertation est au point mort entre les syndicats de cheminot-e-s et le gouvernement

Hier avait lieu les discussion bipartites sur la nouvelle forme juridique de la SNCF proposée dans la réforme, à savoir le passage d’EPIC – Établissement Public à caractère Industriel et Commercial  à SA – Société Anonyme. En opérant un tel changement de statut, le gouvernement marque sa volonté de soumettre la SNCF à des logiques de rentabilités propres au domaine privé, notamment par la division en actions. Ce passage en SA est nécessaire pour ouvrir le marché à la concurrence, comme le souhaite le gouvernement. Cependant, au-delà du danger que représente la seule ouverture à la concurrence pour la qualité du transport ferroviaire, le passage en SA ouvre la porte à la privatisation, ce que l’exécutif dément ardemment en prétendant que l’Etat gardera 100% du capital de la SNCF. Cependant, difficile d’oublier le passage en SA de GDF, rapidement absorbé par  Suez et désormais dilué au sein d’ENGIE.

Les syndicats sont ressortis outrés de ces 7h de concertations, le gouvernement ayant consciencieusement évité d’aborder les sujets sensibles du sort des salarié-e-s refusant leur transfert chez un autre opérateur après l’ouverture à la concurrence ou de la reprise de la dette après le passage en société anonyme. Pourtant sur cette dernière, le Premier Ministre semblait prêt à discuter, mentionnant notamment des « contreparties extrêmement claires [à la reprise de la dette par l’Etat], et qui transforment le fonctionnement opérationnel de l’entreprise ».7 Derrière ce voile communicationnel, le gouvernement campe sur ses positions et n’apporte pas de réponses concrètes aux revendications des syndicats. Laurent Brun, secrétaire national de la CGT Cheminots, parle même d’une « véritable mascarade ».

Le « mouvement social [des cheminot-e-s] risque bien se durcir » dans les prochaines semaines d’après le secrétaire général de l’UNSA Ferroviaire. Le gouvernement essaie de noyer peu à peu le poisson, mais les syndicats les plus ouverts à la négociation commencent à se rendre compte de la supercherie. SUD Rail propose une démultiplication des jours de grève face à l’entêtement gouvernemental.8 Une marche sur l’Assemblée Nationale est prévue pour lundi 9 mars.9

Comme l’exposait le secrétaire général adjoint de la CFDT10 (pourtant loin d’être parmi les plus radicaux) le soucis est que les demandes des syndicats les plus importantes, c’est-à-dire: statut du cheminot, refus d’ouverture à la concurrence, et refus de la transformation en SA, sont déclinées par des réponses fuyantes du gouvernement. Le statut du cheminot devrait être remplacé par une convention collective, mais son contenu est l’objet d’un débat « paritaire » entre syndicat et patronat, dans lequel le gouvernement n’intervient qu’en cas d’échec (et on sait qu’il le fera en faveur du patronat). Les deux autres sujets dépendent du projet du loi, donc la ministre se contente de répéter en boucle qu’elle a déposé des amendements ! Ce matin, sur France Info, elle a littéralement bégayé cette phrase au moins 10 fois de suite. Bref, les syndicats ont perdu du temps parce que leur interlocuteur n’était pas du tout le bon.

Cette stratégie de fuite du gouvernement (se cacher derrière le parlement, qui n’est dans l’état actuel qu’une chambre d’enregistrement avec 54% de députés dans le parti présidentiel) explique peut-être pourquoi ils ont renoncé, sur le sujet de l’ouverture à la concurrence, à passer par des ordonnances. En réalité, ce n’était qu’une grossière manœuvre pour se dire n’être pas état de pouvoir négocier.

Cette stratégie ne porte pas les fruits escomptés. Les cheminots constatent avec lucidité l’hypocrisie du gouvernement, et la mobilisation de dimanche et lundi semble devoir être plus importante, selon ce même secrétaire général.

L’occupation du siège de la Poste n’a pas débouché … pour le moment.

Hier, les militants ont du quitter le siège sans avoir pu voir le DRH; mais ils ont montré leur détermination et leur exemple crée des remous dans d’autres endroits du territoire, comme par exemple ce rassemblement à Marseille, publié sur le site Mille Sabords.

  1. https://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/medias-midi-pyrenees/2018/04/05/des-etudiants-grevistes-occupent-la-depeche-du-midi-et-obtiennent-la-publication-dun-communique.html
  2. https://www.facebook.com/Nantes.Revoltee/posts/1650285321674301
  3. https://www.francebleu.fr/infos/education/plusieurs-lycees-de-nimes-bloques-par-des-eleves-opposes-a-parcoursup-1522922145
  4. http://www.lamarseillaise.fr/marseille/flash/69104-la-grogne-des-universites-s-etend-a-aix-et-marseille
  5. http://atterres.org/article/en-marche-vers-la-destruction-de-luniversit%C3%A9
  6. http://www.sauvonsluniversite.fr/spip.php?article8184
  7. http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2018/04/05/edouard-philippe-se-dit-ouvert-a-une-reprise-de-la-dette-de-la-sncf-mais-avec-des-contreparties_5280956_1656994.html#0m5vvAalMIRpAJJ3.99
  8. https://twitter.com/BFMTV/status/982233979112669185
  9. https://twitter.com/Fede_SUD_Rail/status/982231149551353856
  10. https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/greve-a-la-sncf/la-greve-a-la-sncf-est-un-marathon-et-pas-un-sprint-selon-la-cfdt-cheminots_2687428.html

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