Journal de Lutte, 7 avril 2018

La direction de la SNCF manipule les chiffres en sa faveur

Sur toutes les ondes, nous entendons le chiffre de 30% de grévistes sur l’ensemble des cheminots de la SNCF pour les deux premières journées de grève. Les syndicats dénoncent ces chiffres, qui sont bien en deçà de la mobilisation réelle du personnel de la SNCF contre la réforme. Cette valeur émane de la direction de la SNCF qui prend en compte les cheminot-e-s en repos, congés comme s’iels étaient au travail. Une aberration qui permet de facilement gonfler les chiffres des cheminot-e-s mobilisables pour ainsi réduire la part réellement mobilisée du personnel. Comment croire un si faible chiffre de 30% quand on sait que près de 90% des trains étaient à quai lors des jours de grève ?

D’ailleurs les chiffres annoncés pour les niveaux de services doivent être pris avec précaution, en ce qui concerne les trains régionaux. En effet, lorsque la SNCF annonce 1 train sur 3, elle prend en compte les bus de remplacement, qui sont beaucoup plus lents, et d’autant plus en période de grève quand les abords des villes sont saturés par la circulation automobile.

La loi sur la réforme du pacte ferroviaire discutée dès lundi à l’Assemblée Nationale

C’est lundi que les députés commenceront à examiner le texte de loi, compte tenu de l’abandon des ordonnances quant à cette réforme dont nous parlions hier. Le climat s’est tendu lors des concertations de vendredi entre le gouvernements et les syndicats.1 Nous verrons comment cette tension influera sur le débat parlementaire.

Des contributions inattendues

Les démonstrations de l’irrationalité de la réforme de la SNCF commencent peu à peu à faire leur chemin dans l’opinion publique. Les arguments avancés par le gouvernement pour justifier la réforme sont chaque jour déconstruits, et pas uniquement pas les opposants au projet. Le site l’Usine Nouvelle, d’ordinaire relativement éloigné des mouvements sociaux, a publié une contre-analyse du rapport Spinetta2, dirigée par le cabinet Degest, qui collabore régulièrement avec le CE de la SNCF.3 Ce rapport fait grandement écho aux arguments avancés par les syndicats, et conteste donc toute la base sur laquelle s’appuie la réforme portée par le gouvernement. Sur la dette de SNCF Réseaux, Degest rappelle que ce sont principalement les coupes budgétaires de l’Etat qui ont engrangé puis aggravé la dette de l’entreprise. Sur le coût du travail pour les salarié-e-s du rail, ce sont bien des facteurs structurels qui le font monter comme l’augmentation du niveau de qualification du personnel, nécessaire pour assumer les améliorations technologiques toujours plus complexes, fréquentes sur les installations ferroviaires. Le mensuel Capital, lui non-plus n’est pas un allié du mouvement social, pointait déjà en mai l’invalidité de la réforme du statut des cheminots.4 Ce statut tant décrié n’est pourtant pas à l’origine de toutes les dispositions prévues pour les cheminot-e-s, par exemple, leurs temps de repos ne sont pas inclus dans celui-ci. On peut aussi citer les avantages du statut pour l’entreprise, notamment à propos du travail de nuit, facilité par le statut.

Reprise massive de la grève ce dimanche

Dès demain, les cheminot-e-s reprendront leur grève selon le calendrier prévu.  Le trafic ferroviaire s’annonce de nouveau très perturbé.5 Les négociations sont au point mort et les syndicats vont commencer à faire monter la pression sur le gouvernement qui tente de noyer le poisson, notamment en se cachant derrière le débat parlementaire, qui assumera la défense de la réforme.

La fédération des usagers n’est pas très enthousiaste à propos de la réforme

Discrète depuis le début de la lutte, la fédération des usagers – qui est loin d’être un bastion de la gauche – se tient plutôt éloignée de la réforme, évoquant plusieurs points de divergence avec le projet proposé.6 Elle approuve l’ouverture à la concurrence, mais d’une façon plus régulée que celle proposée par l’Etat. En effet, elle pointe son désaccord à l’ouverture libre du marché que prévoit l’exécutif et avance plutôt une ouverture proche de la privatisation britannique, avec un découpage du réseau en concessions. La segmentation du réseau en fonction des régions serait désastreuse, si une entreprise prend le marché d’une région, puis le perd, que vont faire les cheminot-e-s qui travaillaient dans le région ? Etre viré-e-s ? Passer à la concurrence et perdre leur ancienneté ? Changer de région comme s’iels était complètement hors-sol, genre sans famille sans attache ? Et s’iels changent de boîte, ça montre l’hypocrisie du système, en réalité, ce sont toujours les même qui travaillent, en fin de compte, pendant que le patronat encaisse les bénéfices. D’autre part, niveau organisation, les entreprises concurrentes vont tout faire pour se tirer dans les pattes aux endroits des interconnexions, et non seulement le service sera grandement dévalorisé, mais en plus, niveau sécurité le risque va certainement augmenter.

Pour prendre un exemple, si le train régional qui vous amène à Toulouse pour prendre soit une grande ligne, soit un autre TER dépendant d’une autre région, est en retard, l’autre train n’attendra pas pour les correspondances. Pourquoi le ferait-il ? Les voyageurs quotidiens payent un abonnement, donc même si personne ne voyage, l’argent rentre. Et d’autre part, étant noté sur des indicateurs comme la ponctualité, il ne voudra pas altérer ses chiffres pour arranger des voyageurs.

Aussi, la fédération des usager-ère-s souhaite un projet plus clair pour les petites lignes que les vagues déclarations médiatiques. Cependant, en tant que fédération d’usager-ère-s de la SNCF, elle oublie des points fondamentaux concernant la privatisation du transport ferroviaire, notamment à propos de la qualité du service proposé ou de l’augmentation probable du prix du billet. Par ailleurs, le nombre d’usager-ère-s s’opposant à la réforme croit de jour en jour, comme en témoignent les caisses de dons aux cheminot-e-s mobilisé-e-s dont nous parlions il y a quelques jours. C’est à elles/eux de se faire entendre pour contre-balancer le discours de la fédération, visiblement peu informée sur les conséquences de la réforme sur les usager-ère-s, bien que ça soit sa seule mission.

Nouvelle attaque fasciste contre des étudiant-e-s mobilisé-e-s

Les événements ont eu lieu hier soir à Tolbiac où une occupation dure depuis plus d’une semaine. Après avoir proféré nombre d’insultes, le groupe d’identitaires a tenté d’attaquer les étudiant-e-s en lutte, mais ils ont rapidement été repoussés. Les attaques fascistes se multiplient sans que les pouvoirs publics ne réagissent. La police semble toujours aussi cordiale avec les miliciens d’extrême-droite, qui repartent toujours impunément après leurs attaques. Le gouvernement refuse toujours de dissoudre le Bastion Social comme l’a demandé au ministère de l’Intérieur le député LREM du Bas-Rhin, Thierry Michels, sensibilisé à ces problématiques par l’existence de l’Arcadia, antenne strasbourgeoise du Bastion Social.

Quelles suites pour le mouvement étudiant ?

Ce week-end a lieu une nouvelle CNE (Coordination Nationale Etudiante) pour tenter de donner de nouvelles directions pour le mouvement étudiant. Toutes les facs ne sont pas représentées, et les choix effectués lors de ce rassemblement ne seront probablement pas assidûment suivis compte-tenu du noyautage par certaines organisations de la précédente CNE à Toulouse. Nous attendrons la fin du rassemblement pour en tirer des conclusions.

Mardi 10 avril est une journée de mobilisation nationale, de nombreuses universités seront certainement bloquées et les manifestations seront probablement plus massives que les précédentes au vu de la densification du mouvement.

  1. http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2018/04/07/sncf-blocage-et-crispations-dans-le-conflit-sur-la-reforme_5282021_3234.html
  2. http://www.degest.com/2018/04/rapport-spinetta-sur-le-ferroviaire-et-si-le-cout-du-capital-etait-lenjeu-cle-plutot-que-le-cout-du-statut/
  3. https://www.usinenouvelle.com/article/sncf-une-contre-analyse-deboulonne-les-arguments-du-rapport-spinetta.N676204
  4. https://www.capital.fr/entreprises-marches/la-suppression-du-statut-des-cheminots-pourrait-couter-plus-cher-a-la-sncf-1277703
  5. https://lemonde.fr/economie/article/2018/04/07/sncf-deux-nouvelles-journees-de-greve-les-negociations-pietinent_5282195_3234.html
  6. https://www.nouvelobs.com/societe/20180406.OBS4760/sncf-la-federation-des-usagers-prend-ses-distances-avec-la-reforme.html

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