Journal de Lutte, 8 avril 2018

Un traitement dépolitisé de l’information : l’exemple de la grève de la SNCF

On l’a vu cette semaine, bien que des changements commencent à se faire sentir, les médias ont traité l’information sous l’angle, principalement, de l’affectif, via une compassion soudaine pour les millions de travailleur-se-s qui ne peuvent plus prendre le train pour aller travailler (pour info, la pagaille dans les transports qui affectent ces travailleur-se-s, c’est récurrent, mais quand c’est dû à la gestion foireuse de la SNCF – ou à celle des compagnies privées quand elle reproduiront les même erreurs, c’est moins grave, apparemment). On a beaucoup tendu le micro aux usager-ère-s, entendu des plaintes – et parfois aussi, de la solidarité, de la résignation.

Ceci dit, sans avoir fait un tour exhaustif des médias, on a l’impression que cette tendance s’infléchit. Une explication possible serait que ce genre de choses tournent forcément un peu en rond. Des histoires de gens qui attendent sur le quai, ça devient répétitif, il faut passer à autre chose. Une autre explication, qui demanderait à être examinée de plus près, serait que le changement de l’opinion vis-à-vis de la grève (qu’on a pu constater ces derniers jours), résultat du travail de nombreux militant-e-s, poussent les médias à donner la parole aux cheminot-e-s en grève, comme par exemple cet article de France-Info hier.

Des cheminot-e-s britanniques refusent de casser la grève française

C’est le site Autonomie de Classe qui rapporte cette bonne nouvelle: des cheminot-e-s britanniques ont empêché une collaboration entre EuroStar et la SNCF pour faire intervenir des cheminot-e-s anglais-es afin de briser la grève. La solidarité syndicale cheminote est internationale.

L’UGICT-CGT publie un guide de réponse aux arguments pro-réforme de la SNCF

La fédération des syndicats d’ingénieur-e-s, cadres et technicien-ne-s de la CGT a publié un guide présentant « 10 arguments pour apaiser les repas de travail et de famille » concernant la grève à la SNCF. Y sont abordés les thèmes du statut des cheminot-e-s et de son coût, de l’ouverture à la concurrence, de l’environnement (sujet hélas peu présent dans les débats médiatiques) ou encore du projet gouvernemental dans son ensemble. Une bonne base pour quiconque serait un peu perdu-e sur cette réforme et voudrait des arguments concrets et sourcés pour consolider leur conviction et argumenter auprès de celleux n’étant pas encore convaincu-e-s de tous les effets négatifs de cette réforme du transport ferroviaire français.

3 journées de mobilisation étudiante à venir et une nouvelle CNE le 21 et 22 avril

Une Coordination Nationale Étudiante se tenait ce week-end à Nanterre, avec des représentant-e-s mandaté-e-s dans les AG des universités mobilisé-e-s. Après quelques difficultés administratives pour autoriser la tenue de l’événement, les débats ont pu avoir lieu entre les représentant-e-s de 35 universités. 3 dates sont à retenir à propos des mobilisations étudiantes au niveau nationale :

  • Mardi 10 avril est une journée nationale pour la mobilisation étudiante, des nombreuses manifestations sont à prévoir. On peut supposer une nouvelle augmentation de la participation à ces événements au vu de l’amplification récente du mouvement.
  • Samedi 14 avril, les étudiant-e-s se joindront aux cheminot-e-s pour leur grève, rassemblements et manifestations à travers la France.
  • Jeudi 19 avril, la journée nationale de mobilisation interprofessionnelle appelée par les centrales et union syndicales inclura aussi nombre d’étudiant-e-s, comme nous avons pu le voir le jeudi 22 mars.

Une nouvelle Coordination Nationale Étudiante a été appelée pour le week-end du 21 & 22 avril, dans deux semaines, pour faire le bilan et prévoir la suite de la mobilisation après deux semaines qui s’annoncent chargées pour les étudiant-e-s en lutte.1

Appel à la grève du personnel de l’Université de Lille

Après l’appel à la grève du personnel de Paris 1 dont nous parlions la semaine dernière, ce sont aujourd’hui les enseignant-e-s mobilisé-e-s de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales qui appellent leurs collègues à faire grève en opposition au Plan étudiant.2 La mobilisation du personnel suit peu à peu le même chemin que celle des étudiant-e-s et commence à s’amplifier.

La rhétorique gouvernementale sur l’université penche vers les fausses informations

Le gouvernement n’en est pas à son coup d’essai, il manipule encore une fois les chiffres pour servir son projet de destruction de l’université et de son libre accès pour tou-te-s. Le chiffre fréquemment avancé de 60% d’échec en première année de licence n’est pas faux, cependant il oublie de préciser que la majorité de ces étudiant-e-s se réorientent vers une autre filière l’année suivante. En omettant volontairement de préciser ce point, le gouvernement fait de la désinformation en prétendant implicitement que 60% des étudiant-e-s n’ont pas de diplôme à la fac. Par ailleurs, la ministre Frédérique Vidal a affirmé dans un entretien à Ouest France qu’en cas de blocage prolongé des universités, les examens pourraient avoir lieu en ligne. Cette affabulation est absolument hors-sol, les modalités d’examens ne sont pas aussi facilement transposables.

Un symbole cocasse: LREM devient un parti de droite

Selon un sondage3, le parti au pouvoir est désormais considéré par un-e français-e sur deux comme étant de droite.

On peut interpréter ce sondage de différentes façons; les français-es sont lucides et jugent l’action du gouvernement comme bien plus à droite qu’iels ne le pensaient. Une autre façon, peut-être optimiste, serait de supposer que l’opinion se décale vers la gauche et reconsidère donc le positionnement de LREM sur le spectre des tendances politiques. Quoi qu’il en soit, le masque commence à tomber, et l’ancrage à droite de LREM fait de moins en moins débat.

Nouvelle provocation du pouvoir qui se prépare au coup de force sur le site de Notre-Dame des Landes

Selon plusieurs sources, 2500 gendarmes mobiles seraient mobilisés pour attaquer ZAD, trois mois après l’abandon du projet, alors que l’ultimatum donné par le gouvernement pour l’évacuation du site arrive à son terme.

Les ZADistes, évoquant «une résistance physique et determinée»4,  n’ont pas l’intention de se laisser faire et tentent de mobiliser l’attention publique, ce qui est difficile dans une actualité sociale aussi chargée.

Pourquoi tenter le coup de force en plein milieu d’un mouvement social d’ampleur ? Il est à craindre que ce nouveau front épuise les capacités de mobilisation des opposant-e-s au pouvoir (De plus, avec les grèves, les éventuels renforts risquent d’avoir des difficultés à rejoindre la zone). Mais ce nouveau front peut aussi être celui de trop, et commencer à réellement renvoyer aux gens l’image d’un pouvoir qui passe beaucoup de son temps dans la répression pour satisfaire son aile droite.

Analyse d’une image forte: l’aide-soignante fait la leçon à Macron

Jeudi, lors d’une visite en milieu hospitalier, le président a été « pris à parti » par une aide-soignante qui n’a pas mâché ses mots pour lui expliquer les besoins du personnel. Du fait de la mise en scène qui accompagne les visites du président, la scène a été filmée, et les mots de l’aide-soignante ont pu être entendus par toute la France.

Un article de Sud-Ouest revient de manière assez précise sur les faits, avec une interview de la militante le lendemain.

Au-delà de l’anecdote, que peuvent nous apprendre ces images ? Il se trouve que l’aide-soignante en question est une déléguée CGT et une militante de Lutte Ouvrière. Son expérience militante lui a permis de prendre la parole sans trembler, là où tout un chacun aurait pu être intimidé par la personne du président. Elle a exprimé de façon claire et audible, en quelques phrases, la vacuité des promesses du gouvernement, en réponse à quoi le président, pris en défaut, n’a pu articuler que quelques phrases banales et creuses.

Il est clair que ce n’est pas le seul but du militantisme, mais la communication vers l’extérieur est en un pilier important. Les partis d’extrême-gauche, et encore plus les militant-e-s, n’ont pas souvent accès au médias. Lorsque l’occasion se présente, pouvoir prendre la parole d’un ton assuré, en faisant passer un message essentiel, est très important. En parlant au président, l’aide-soignante s’est en réalité (peut-être sans le savoir) adressé au peuple tout entier. Elle a donné à voir l’image d’une travailleuse qui n’a pas peur, qui est fière de son travail, qui n’a pas à se reprocher de vivre du travail des autres, comme les actionnaires ou les patrons.

Macron s’invite sur TF1/LCI jeudi 12 avril

Laissant pour l’instant ses ministres et autres porte-paroles occuper les médias pour marteler la détermination du pouvoir en place à mener à bien la réforme, le président met en scène une intervention sur une des chaînes les plus à droite du PAF. Pourquoi ne pas choisir le service public pour s’exprimer ? Pourquoi ne pas utiliser le canal de la chaîne parlementaire, qui semble pourtant être destiné à ce genre d’usage ? Il existe un risque  à aller sur une chaîne peu connue : il y a de fortes chances que personne ne prenne la peine de l’écouter. Et le choix de la tribune est lui-même un message.

Encore une fois, la soupe sera servie par inénarrable Jean-Pierre Pernaut,  sur qui on peut toujours compter pour un cirage impeccable. Encore une fois, la forme sera renouvelée, ce qui montre que la forme est plus importante que le fond. Encore une fois, on peut prédire sans risque de se tromper le contenu toujours identique de la rengaine présidentielle.

À Stains et Saint-Denis, une mobilisation du personnel contre le manque de moyens

Un bon article du Bondy Blog raconte la mobilisation en cours du personnel dans le lycée Utrillo à Stains. L’établissement fait actuellement face à une montée de la violence. Suite à plusieurs agressions récentes d’élèves autour de l’établissement, découlant des affrontements entre bandes rivales, certain-e-s enseignant-e-s ont choisi d’exercer leur droit de retrait. Le climat est très tendu, les élèves sont soumis-e-s à une exposition constante à la violence, et leurs enseignant-e-s sont désemparé-e-s face à cette situation ingérable. Une déléguée des parents d’élèves de l’établissement a l’impression que le personnel, les élèves et leurs familles sont « laissés-pour-compte » par les autorités. La sécurité des élèves devrait être une absolue nécessité sur laquelle les pouvoirs publics ne devraient pas fermer les yeux, d’autant plus que des situations similaires existent dans d’autres établissements. En effet, le lycée Paul Eluard de Saint-Denis est également le lieu d’agressions, d’élèves et de professeur-e-s, ainsi que d’intrusions dans l’établissement. Un compte twitter, celui de @winckIer, à suivre à ce sujet.

  1. http://abonnes.lemonde.fr/campus/article/2018/04/08/universites-appel-a-une-nouvelle-mobilisation-sur-les-campus-mardi_5282453_4401467.html
  2. http://sauvonsluniversite.com/spip.php?article8239
  3. http://www.lepoint.fr/politique/lrem-desormais-percu-comme-un-parti-de-droite-06-04-2018-2208728_20.php
  4. http://www.presseocean.fr/actualite/notre-dame-des-landes-expulsions-le-plan-de-bataille-des-zadistes-06-04-2018-267514

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