Journal de lutte, 10 avril 2018

Le mouvement étudiant s’amplifie jour après jour

Ce mardi 10 avril était annoncé comme une journée nationale de mobilisation pour les étudiant-e-s en lutte contre la loi ORE. Ce matin, plus de 15 universités étaient bloquées1 parmi lesquelles 8 campus franciliens (dont l’EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) et d’autres campus en région – Metz, Nancy, Toulouse, Montpellier, Strasbourg, Grenoble, Orléans, Rouen. D’autres mobilisations importantes sont à noter, par exemple l’AG de Rennes qui a réuni près de 2000 personnes ce midi. Partout, les arguments des étudiant-e-s mobilisé-e-s portent leurs fruits, et le voile de communication derrière lequel le gouvernement comptait faire passer son projet s’estompe peu à peu. La couverture médiatique de la mobilisation n’est pas vraiment en faveur de la mobilisation, certains médias faisant clairement preuve de mauvaise foi lorsqu’ils traitent les débats des assemblées générales. Pour suivre correctement la mobilisation, n’hésitez pas à suivre directement les pages d’AG des villes mobilisées.

Une tribune universitaire contre la loi ORE

Plus de 400 universitaires ont publié ce matin une tribune en opposition à la loi ORE. Dans ce texte, iels apportent leur soutien aux étudiant-e-s mobilisé-e-s depuis plusieurs semaines. Leur tribune exprime aussi le rejet de toute forme de sélection à l’entrée de l’université, rendue obligatoire par le fonctionnement de ParcourSup qui oblige les établissements à classer les dossiers. Est aussi critiquée l’annonce d’un investissement d’1 milliard d’euros pour l’enseignement supérieur sur la durée du quinquennat. Cet investissement est qualifié de « propagande » car il n’est pas visible dans les prévisions budgétaires de l’Etat. Enfin, la fonction de l’éducation publique est rappelée, à savoir « éduquer et de former » et ceci, indépendamment du niveau d’entrée des étudiant-e-s.

Le gouvernement veut museler les étudiant-e-s par la force

Il semblerait que l’exécutif cherche à réprimer les étudiant-e-s en lutte, pour affaiblir la mobilisation qui se massifie grandement. Pour cela, le ministère de l’Intérieur envisage d’autoriser les interventions des forces de l’ordre sur les campus, sans passer par l’accord des présidents d’université, pour casser les blocages, à l’oeuvre depuis plusieurs semaines dans certaines villes.2 Rappelons que la présence de la police doit nécessairement passer par l’accord du président d’université pour être légale. Cette décision du ministère, qui outrepasse les lois, est une preuve supplémentaire du caractère autoritaire du gouvernement Macron.

L’assaut de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes par les forces de l’ordre se poursuit

Les étudiant-e-s sont loin d’être les seul-e-s touché-e-s par la répression de l’Etat. En effet, les habitant-e-s de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes subissent des expulsions et destructions de leurs habitations et cultures par les forces de l’ordre. Dès lundi matin, ce sont des blindés de guerre que les zadistes ont vu se diriger elles/eux, avec plus de 2500 gendarmes mobilisés. Un rapport de force totalement disproportionné, d’autant plus accentué par les moyens rudimentaires de défense des zadistes face aux grenades et flashball de l’armée.

Julien Durand, de l’ACIPA (principale association citoyenne d’opposition au projet d’aéroport à NDDL), « demande l’arrêt des opérations ce soir. Si ce soir, il n’y a pas d’arrêt des évacuations, il n’y aura pas de reprise possible du dialogue ».  Les zadistes ont également le soutien de l’essayiste Naomi Klein :  en attaquant une communauté utopique qui a été un modèle pour nombre d’entre nous, le gouvernement de Macron fait preuve de violence gratuite et de vandalisme ». Vous pouvez suivre le fil de Reporterre sur les opérations militaires sur la ZAD. Partout – ZAD, universités, manifestations, contre les populations exilées-, la répression étatique s’installe mais la lutte continue.

Macron flirte allègrement avec la droite et sa frange catholique réactionnaire

Hier, le président français intervenait à la conférence des évêques de France et ses propos avaient de quoi choquer. En effet, il a affirmé que « le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé,  [et qu’] il nous incombe de le réparer ». Il a enchaîné en prétendant que « l’Église accompagne des familles monoparentales, homosexuelles ou ayant recours à l’avortement en essayant de concilier ses principes et le réel. » Par la suite, il a souligné que « l’engagement des catholiques est vital et exemplaire pour la France. Mais je suis venu vous appeler à faire d’avantage encore. »3

Rappelons tout de même la catholicisme clairement affiché lors de la Manif pour Tous, opposée au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, ainsi qu’à la PMA et GPA de manière plus large. Rappelons aussi que l’Église s’est toujours officiellement opposée à l’avortement. Lister toutes les positions hostiles de l’Église face au progrès serait bien trop fastidieux, celle-ci a toujours été l’alliée des mouvements réactionnaires. Un président d’une république laïque ne peut pas tenir de tels propos. D’autant plus qu’en plaçant en exergue l’exemplarité de l’engagement politique des catholiques, ainsi que leur importance pour l’Etat, Macron exclue les autres cultes présents au sein de la société française. Cette dérive du chef de l’Etat vers la droite dure réactionnaire et tout à fait en lien avec la répression mise en oeuvre par le gouvernement face à l’ampleur du mouvement social.

Le changement de statut de la SNCF approuvé par l’assemblée, lundi soir

Alors que le travail a repris ce matin à la SNCF, l’assemblée nationale, majoritairement à la botte du pouvoir, a voté sans surprise le changement de statut4, pour préparer la privatisation, prouvant ainsi que le gouvernement n’avait aucune intention de discuter, et ne tiendrait, de toutes les façons, aucun compte des revendications des cheminots; à présent, alors qu’on manque cruellement d’argent, des sommes astronomiques vont être gaspillées pour mettre au point ce changement de statut.

Le pouvoir montre là clairement que le seul moyen pour les faire changer d’avis, c’est le rapport de force. Ceci devrait encourager les directions syndicales à passer à des préavis de grève reconductibles – et c’est ce qui est en train de se passer dans quelques AG. De provocations en provocations, il y aura peut-être un durcissement du mouvement au début de la semaine prochaine.

  1. http://abonnes.lemonde.fr/campus/article/2018/04/10/nouvelle-journee-de-mobilisation-etudiante_5283390_4401467.html
  2. http://www.revolutionpermanente.fr/Urgent-Le-gouvernement-aurait-donne-l-ordre-de-debloquer-les-facs-coute-que-coute
  3. Toutes ces citations sont à retrouver sur le compte twitter d’Emmanuel Macron
  4. https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/greve-a-la-sncf/les-deputes-approuvent-le-principe-du-changement-de-statut-de-la-sncf_2698630.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *