Une attaque frontale sur le droit de grève

Une proposition de loi purement libérale

Nous découvrons une proposition de loi sur le site de l’Assemblée Nationale rédigée par la droite.

Après un préambule grotesque, évoquant comme d’habitude les fameuses négociations consensuelles des pays scandinaves et allemands dont on nous rebat les oreilles continuellement, les députés font ce constat amer:

Le droit de grève, comme tout droit, est susceptible d’abus. Cela peut notamment être le cas face à des grèves à objectif purement politique et des grèves portant une atteinte excessive à la continuité du service public.

En gros, et c’est bien le cœur du problème, la grève peut avoir un impact, et cette condition pour son efficacité devient naturellement, pour les libéraux, un inconvénient majeur.

Les droits, en substance, ne doivent être là que pour faire joli, et leur exercice ne doit avoir aucune espèce de conséquence. Le droit de vivre des poules, comme on nous l’explique, ne doit pas porter atteinte au droit du renard.

S’appuyant (comme souvent) sur un organisme européen,

Le Comité européen des droits sociaux (CEDS) du Conseil de l’Europe a autorisé les gouvernements des États membres à prohiber les grèves « purement politiques »

et la référence ordinaire à l’amie de Pinochet, sans laquelle toute pleurnicherie libérale serait incomplète,

Dans l’histoire moderne, les premières grandes limitations des grèves politiques en Europe sont intervenues au Royaume-Uni, sous l’impulsion du Premier ministre Margaret Thatcher, en 1982, pour éviter que les dirigeants syndicaux deviennent les arbitres de l’économie britannique.

l’article se propose de réduire le droit de grève à des motifs uniquement en rapport avec la relation de travail. Comme par ailleurs, le droit du travail, grâce aux ordonnances Macron, est réduit à sa portion congrue et amène le gouvernement à trancher dans les conflits – et il tranchera en faveur des patrons, autant dire: la boucle est bouclée.

Dans le mouvement en cours à la SNCF, on le voit bien, c’est le gouvernement lui-même qui casse le statut du cheminot. Les cheminots n’ont plus personne vers qui se tourner. Une grève politique est le seul moyen de faire reculer le gouvernement.

On voit ici un exercice de démocratie à géométrie variable: ces gens ne veulent pas que les travailleurs puissent avoir une quelconque influence politique – ce qui pourrait sembler paradoxal tant ils ont le mot « travail » en permanence à la bouche. Mais d’un autre côté, ils écrivent:

Dans l’objectif d’éviter également toute forme de pression sur les salariés qui ne souhaiteraient pas se mettre en grève, cette proposition de loi pose le principe du vote à bulletin secret avec la participation d’au moins 50 % des salariés de l’entreprise pour pouvoir déclencher légalement une grève. Cette mesure permettant ainsi de respecter la démocratie au sein de l’entreprise, la liberté d’expression et également l’indépendance des salariés.

En gros, la démocratie, oui, si c’est pour empêcher la grève. Ces même amoureux de la démocratie proposeraient-ils un référendum pour chacune de leur proposition de loi ? Non, car, là, les gens, tout à coup, deviennent trop stupides pour donner un avis.

De plus, toutes ces prises de positions masquent le vrai problème, qui est que la grève est bien souvent en réaction à des décisions prises arbitrairement par les patrons et/ou le pouvoir. La SNCF serait-elle en grève sans le projet stupide du gouvernement ? Non. Les salariés de Carrefour seraient-il en grève sans la gestion catastrophique et court-termiste de ses dirigeants, qui a enrichi les actionnaires et diminuer la paye des salariés ?

Au moment même où les patrons et les pouvoirs publics confisqués par une majorité absolue, mènent des attaques continuelles contre nos droits, une brochette de députés qui ignorent tout du simple mot travail prétend nous enlever le dernier moyen de les défendre ? Cela nous montre l’importance de ce combat. Ces gens censés nous représenter pensent contre nous et pour leurs intérêts de classe.

GRÈVE GÉNÉRALE !

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