Journal de lutte, 18 avril 2018

 

Sciences-Po bloquée ce matin

L’école du 7éme arrondissement de Paris, où le président a fait une partie de ses études, était bloquée ce matin, après qu’une partie des étudiant-es ont passé la nuit sur place.1 Des banderoles sont accrochées sur les fenêtres, avec des slogans comme « Ici sont formés ceux qui sélectionnent, bloquons la fabrique des élites », « Macron, ton école est bloquée »… cette occupation est une réponse à ceux qui prétendent que la mobilisation ne touche que les universités.

Les étudiants de Montpellier sommés d’évacuer par le tribunal

Le tribunal administratif saisi par la direction de l’université Paul Valéry s’est prononcé pour l’évacuation des étudiant-es sous les plus brefs délais. Les occupant-es, pour le moment décidé-es à rester sur place, sont maintenant sous la menace de l’arrivée des forces de police.

Le vote électronique à propos des blocages de facs : l’exemple de l’Université de Strasbourg

Ce mardi, l’administration de l’Unistra a lancé un vote en ligne à propos du blocage de nombreux bâtiments de l’université depuis le début de semaine par les étudiant-es en lutte de Strasbourg.  Ce vote fait suite à plusieurs mails mensongers de la part de l’administration sur la mobilisation étudiante strasbourgeoise, attribuant notamment des dégradations du Palais Universitaire aux étudiant-es mobilisé-es alors que plusieurs vidéos démontrent que celles-ci ne sont pas de leur fait (mais des CRS). Le président de l’université a également envoyé un mail disant que la réforme était mal comprise par la mobilisation étudiante, infantilisant encore une fois les étudiant-es, supposément incapables de comprendre les réformes. Il a notamment parlé d’une « priorisation des dossiers » qui ne serait donc pas une « sélection » (on cherche encore le sens de tout ça). Les critiques envers l’Unistra et son administration sont si nombreuses qu’une liste exhaustive de celles-ci serait trop longue pour un simple article. Suite à cette campagne de désinformation administrative, le vote s’est prononcé à près de 72% contre les blocages. Pas étonnant suite à la propagande pro-loi ORE dont les étudiant-es ont été abreuvé-es ces dernières semaines. Rappelons que les AG sont avant tout un lieu de débats et d’échanges démocratiques, qui permet à chacun-e de s’informer et comprendre les enjeux de la loi. La démocratie sans une information libre, pleine et entière est-elle réellement démocratique ?

Notons aussi de nouveaux déblocages à Strasbourg2, menés de nouveau par une alliance LREM-UNI avec toutefois une nouvelle subtilité : de nombreux membres de l’Action Française, mouvement royaliste d’extrême-droite étaient présents lors de ce déblocage, pour une nouvelle union de la droite.

Les concertations sur l’arrêté Licence au point mort

Les syndicats de l’enseignement supérieur ont annoncé quitter la table des concertations à propos de l’arrêté licence (SNESup-FSU3, CGT-FERC et SUD éducation). Les syndicalistes avaient l’impression de servir de caution au gouvernement qui conduisait des négociations juste pour la forme, car malgré les nombreuses annonces de l’exécutif, aucun texte n’est produit, laissant ainsi étudiant-es, enseignant-es et leur syndicats respectifs dans le flou total. Ces négociations sont aussi un moyen de détourner l’attention des syndicats de la lutte contre la loi ORE. Pourtant, des mesures significatives ont été notifiées, entraînant notamment une déstructuration de la licence et des diplômes. En effet, les inscriptions ne s’effectueront plus au semestre mais à l’unité d’enseignement. Les étudiant-es qui en auront les moyens – pour payer tous les cours et vivre correctement – pourront ainsi accélérer leur licence pour l’obtenir en 2 ans tandis que les étudiant-es salarié-es, obligé-es de travailler pour vivre, devront passer jusqu’à 4 ans à la fac. Les futurs employeurs ne gêneront pas pour privilégier les diplômes obtenus plus rapidement, c’est bien une sélection sociale qui est institutionnalisée. Solidaires étudiant-e-s a également annoncé sa non-participation à ces concertations, rappelant – entre autres – d’autres effets de ce texte pour les étudiant-es : remise en cause de la compensation et du redoublement, et diminution de 20% du nombre d’heures d’enseignement physique en licence (passant de 1500h à 1200h).

Deux visions du dialogue sur la ZAD de Notre-Dame des Landes

On a appris ce matin que Nicolas Hulot allait superviser la reprise du « dialogue » entre les occupants et la préfecture, cette dernière restant sur ses positions (ultimatum du 23 avril, pas de projet collectif sans une liste de noms, etc.).  Mais pendant ces discussions, dont on peut espérer qu’elles déboucheront sur un apaisement, les opérations militaires continuent sur la ZAD, avec un harcèlement policier incessant. Le flux des actualités à suivre sur le site zad.nadir.org.

Dans le même temps, le gouvernement, notamment par la voix du premier ministre, continue de se montrer inflexible et de parler de ‘respect de la loi’.

SNCF, la grève a repris ce matin, le gouvernement enchaîne les annonces

La grève est toujours suivie, et les capacités de transport sont assez faibles; toutefois, la gêne n’est pas spectaculaire, les vacances ayant commencé dans plusieurs régions. On voit de nombreux journaux en ligne rechercher des témoignages d’usager-ères mécontent-es comme s’iels étaient dures à trouver. Il semble, car c’est toujours compliqué à évaluer, que le soutien populaire reste encore à un niveau assez stable, si l’on exclut les habituelles pleurnicheries des gens qui ne prennent probablement jamais le train et ne s’inquiète du sort des usager-ères que lorsque cela coïncide avec leurs intérêts.

Après le planning de l’ouverture à la concurrence, hier, le pouvoir a annoncé aujourd’hui que l’arrêt des recrutements au statut de cheminot-e se ferait à partir de 2020. Cette manière de commenter ses propres actions ressemble à une volonté autoritaire d’acter des changements comme s’ils étaient définitifs et comme si la lutte était terminée, ce qui est loin d’être le cas.

D’autres branches de la CGT commencent à rejoindre la lutte

Après la CGT transport qui déposé hier des préavis de grève pour le métro parisien, c’est la CGT Énergie qui annonce vouloir faire des coupures ciblées sur des employeurs qui licencient et des passages en heures creuses. D’autre part, des préavis de grève ont été posés, parfois jusque fin juin.

La fédération énergie souhaite mettre en oeuvre la « convergence des luttes », a expliqué Sébastien Menesplier, secrétaire général de la CGT Mines-Énergie, alors que la CGT organise au niveau national une journée de mobilisation interprofessionnelle jeudi. Des assemblées générales vont se tenir mercredi et jeudi avec les salariés, lors desquelles seront mises « en débat des interventions sur l’outil de travail », a-t-il dit.4

Les caisses de grève se multiplient

De nombreuses caisses de grève apparaissent, à l’initiative des postier-ères en lutte notamment; si l’intention est bonne, elle pose la tout de même la question de la préparation en amont et mériterait peut-être d’être mieux organisée, pour éviter de passer par des plateformes qui en profitent pour prélever leur part (presque 3%, lorsque le montant dépasse une certaine somme, mais plus de 4% en dessous). Ces discussions ne sont pas récentes, elles ne sont que le reflet de la faible syndicalisation en France, alors que paradoxalement, le soutien populaire n’est pas négligeable.

  1. https://twitter.com/SAGSciencesPo/status/986478882038714368
  2. https://www.rue89strasbourg.com/resultats-vote-ligne-blocage-universite-135184
  3. https://twitter.com/PierreChantelot/status/986505711101374464
  4. https://www.challenges.fr/entreprise/la-cgt-energie-va-couper-l-electricite-aux-employeurs-qui-licencient_581574

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