Journal de lutte, 24 avril 2018

Quelle stratégie pour les cheminot-es ?

Tandis que la direction prétend que « la grève s’érode »1, les méthodes à employer pour la suite du mouvement sont en débat parmi les cheminot-es. Hier avait lieu une AG inter-gares à Paris, l’occasion de se pour les cheminot-es de retrouver leurs camarades mobilisé-es dans les autres gares parisiennes. Après une point sur l’état de la mobilisation, la question du format de la grève s’est une nouvelle fois posée : perlée ou illimitée reconductible ? Tou-tes sans exception s’accordent sur l’importance de cette grève, et son absolue nécessité de réussir avec l’abandon du nouveau pacte ferroviaire. Les voix de SUD Rail se sont de nouveau faites entendre, en faveur de la grève illimitée et reconductible, en opposition avec le calendrier des directions syndicales. La CGT porte un discours plus mesuré, rappelant les difficultés financières qu’entraîne une grève illimitée reconductible sur le portefeuille des cheminot-es. Force est de constater que la grève perlée n’a – pour le moment – pas apporté les effets escomptés. En effet, le gouvernement s’entête dans son projet et coupe court à toute négociation pour faire passer sa réforme. Certain-es cheminot-es dénoncent une « grève gentillette » et appellent à une amplification et radicalisation du mouvement, surtout face à un gouvernement aussi déterminé. La grève reconductible dynamiterait notamment l’organisation mise en place par la direction de la SNCF pour pallier aux postes vacants des grévistes, comme nous l’expliquions hier dans le journal de lutte (La direction de la SNCF s’adapte à la grève). Ajoutons également la couverture médiatique épisodique, les usager-ères qui mettent en place des stratégies de contournement, etc … tant d’éléments qui minimisent l’impact de la grève, et qui font resurgir l’idée d’une grève illimitée reconductible.2

Retour sur l’AG inter-gares par la Tendance Claire du NPA

Les directions syndicales ne semblent pas décidées à changer leurs plans, pourtant bien arrangeants pour le gouvernement. Elles sont notamment en réflexion pour un allongement de la période de grève, au delà du mois de juin. L’argument de la CGT entendu en AG – et évoqué plus haut – rappelant les pertes financières pour les cheminot-es lors d’une grève illimitée vacille avec cette prolongation, qui entraînera une baisse certes moindre mais plus longue des revenus des cheminot-es. Devant cet aveuglement, c’est aux syndicalistes – de la CGT, de l’UNSA et de la CFDT – présent-es au quotidien sur le terrain, engagé-es dans cette grève et au contact des usager-ères, qu’il appartient de faire vaciller cette assise hiérarchique en revendiquant la grève illimitée reconductible à laquelle leurs directions n’osent pas appeler. Et ce glissement de la base semble débuter.

En effet, les militant-es à la base sont nombreux-ses à réclamer un durcissement rapide du mouvement, qui pourrait précipiter l’issue. Plus que jamais, les enjeux symboliques de ce combat apparaissent: si jamais les syndicats devaient perdre ce combat, si les sacrifices consentis se révélaient vains, ils en paieraient le prix fort, via une grande défiance de la base. Ce risque pourrait ne pas forcément être une bonne nouvelle pour le pouvoir qui a aussi à gagner à négocier avec les directions syndicales plutôt qu’avec un mouvement horizontal et auto-organisé.

Les cadres de la SNCF, vrai-es allié-es ou faux-sses ennemi-es des cheminot-es ?

Dans un courrier adressé à la ministre des transports dont le contenu a été révélé aujourd’hui par l’Humanité, le Syndicat National des Cadres Supérieurs du Groupe Public Ferroviaire (SNCS) dénonce les méthodes de l’exécutif dans la mise en oeuvre de la réforme du système ferroviaire. Le syndicat critique la communication gouvernementale qui livre « à la vindicte populaire les cheminots ». En effet, ces dernier-ères ne sont pas responsables des tourments financiers de la SNCF. Le SNCS rappelle aussi l’importance de la question de la dette et sa reprise par l’Etat ainsi que sur la rénovation matérielle d’envergure qui s’impose sur le rail français. Le morcellement du groupe ferroviaire est également critiqué, avec une remise en cause de de la casse du service public assuré par la SNCF par des décisions d’ordre managériales, décorélées de la mission de service public d’origine. Une stratégie largement opérée par la direction inchangée depuis de nombreuses années (incluant notamment Guillaume Pépy, président de la SNCF et Elisabeth Borne, aujourd’hui ministre des transports) qui a contribué à « abaisser gravement les performances du service public ».

Derrière ces lueurs (mesurées, entendons-nous) d’espoir de voir des cadres sup’ se pointer à 6h au piquet de grève avec les cheminot-es, se cache en réalité un discours bien moins approbateur du mouvement cheminot. Déjà, la grève est présentée comme « particulièrement pénalisant[e] pour nos concitoyen[-nes] », des mots forts qui tranchent net l’appui évoqué plus tôt. Le syndicat défend également la SNCF qui « contrairement à ce que semble insinuer le gouvernement, est une entreprise qui bouge et qui est en progression constante, y compris en se préparant à la concurrence »3, validant en ces termes la libéralisation du rail et future privatisation du groupe ferroviaire.

Les syndicats obtiennent une entrevue avec le premier ministre

Après avoir rompu les négociations en raison de l’impasse où l’incapacité de la ministre des transports les laissaient, les syndicats avait exigé une entrevue directement avec le premier ministre qui semblait seul pouvoir négocier. Aujourd’hui, le premier ministre leur propose la date du 7 mai. Pourquoi une date si éloignée ? Sans doute une stratégie pour faire comprendre que leur combat n’est pas une question prioritaire pour le pouvoir. Les mobilisations du premier mai devront être d’une ampleur suffisament importante pour apporter du poids dans la négociation.

La réunion en question ne réunira pas les conditions demandées par les syndicats qui voulaient y voir un-e représentant-e du patronat des transports 4.

La CGT Énergie accompagne le mouvement des cheminots

Ce matin à Bordeaux, la CGT Énergie a coupé le courant dans la gare Saint-Jean, afin d’attirer également l’attention du public sur un secteur où la libéralisation est à l’œuvre depuis maintenant plus de 20 ans. Le syndicat dénonce des suppressions d’emplois et demande le retour à un service public fort.

D’autres opérations sont prévues, mais en sens inverse: il s’agit de remettre le courant à des foyers où l’abonnement a été suspendu pour défaut de paiement. CGT Energie organise également un rassemblement ce jeudi, place de la Comédie à Bordeaux.

  1. https://mobile.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/greve-a-la-sncf/la-greve-s-erode-35-des-tgv-et-40-des-ter-et-des-transilien-circuleront-lundi-annonce-le-patron-de-la-sncf_2717984.html
  2. https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/greve-a-la-sncf/sncf-la-greve-par-intermittence-etait-elle-une-fausse-bonne-idee_2720887.htm
  3. https://www.24matins.fr/topnews/eco/les-cadres-superieurs-de-la-sncf-denoncent-le-jeu-perniceux-du-gouvernement-764639
  4. http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2018/04/24/sncf-les-syndicats-obtiennent-une-rencontre-avec-edouard-philippe-le-7-mai_5289966_1656994.html

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