Journal de lutte, 26 avril 2018

Des annonces pour un retour en arrière dans l’éducation

Nous savions que le ministre de l’Education Nationale n’acceptait pas l’indépendance des syndicats, comme l’a prouvé son intervention fracassante comme un syndicat (SUD Education 93) qui dans le cadre de son activité syndicale, a organisé un atelier non-mixte. Nous savions aussi qu’il ne connaissait pas grand chose au droit, puisque sa plainte a été déclarée irrecevable.1 Nous avons vu qu’il aimait l’acharnement -notamment à propos du stage non-mixte2 -, car sitôt débouté d’un côté, il consacrait son énergie (et le budget de l’Education Nationale) pour attaquer à nouveau ce syndicat, sous de nouveaux prétextes.

L’incompétence accompagne souvent l’arrogance, et ne tolère pas la discussion. Aussi la dernière mesure de l’intéressé ne surprendra personne: il vient d’envoyer aux enseignants (titulaire d’un master, cadres supérieurs) une série de manuels expliquant comment et de quelle façon précise apprendre aux enfants; à rebours de toutes les avancées dans le domaine de l’éducation, censées être les responsables de la décadence du pays, et reprenant là aux réactionnaires, pour les flatter, les pires poncifs issus de la pensée de droite, amoureuse de l’autorité, des punitions corporelles, et de l’obéissance aveugle, le ministre décrète le retour du B-A BA, des dictées,  et de tout un cortège de mesures fleurant les années 50. On sent qu’il a du prendre sur lui-même pour ne pas revenir à la plume d’oie et la blouse grise.

Les textes sont destinés à servir aux inspecteurs, qui veilleront à ce que la liberté pédagogique ne soit plus qu’un principe sans effet.

« La liberté pédagogique n’a jamais été l’anarchisme pédagogique. C’est d’ailleurs beaucoup plus sécurisant d’avancer à la lumière de ce que l’institution a défini, sur la base de la recherche. La clarté libère ». – Jean-Michel Blanquer 3

Voilà bien la déclaration… d’un illuminé. La sécurité de la contrainte, imposée par le haut, sur la base de recherches scientifiques. Les félicitations venues de la droite pleuvent. Les nostalgiques de l’ordre étouffent des sanglots de joie. Peu leur importe, de toutes manières, la manière dont on apprend aux enfants. Ce qui contente ces aigris, c’est l’humiliation en règle des professeurs par des cadres stricts, parce qu’ils imaginent l’éducation nationale « gangrenée » par les idéaux marxistes. A les entendre, c’est à se demander s’ils ont vraiment été à l’école.

Bien sur, sa volonté de tout diriger jusqu’au plus petit détail s’est arrêté… au moment de toucher aux profits des éditeurs ! Car, allons jusqu’au bout de la démarche: pourquoi ne pas fournir un manuel unique, qui serait issu de la recherche, imprimé par l’Education Nationale ? C’est que ce serait priver les éditeurs privés, propriété des plus grandes fortunes, d’un revenu assuré grâce à des modifications incessantes. Le ministre a encore le sens des priorités, et les intérêts de la bourgeoisie en ligne de mire.

Notons qu’aucune hausse conséquente des budgets alloués à l’éducation n’a été annoncée alors qu’elle serait la solution à nombres de problèmes auxquels sont confronté-es les enseignant-es au quotidien. Pas d’équilibrage non plus des budgets compte-tenu des disparités géographiques de répartition financière.4

Les combats continuent dans l’indifférence médiatique sur la ZAD de NDDL

Alors que toute la sphère médiatique prétend que des négociations seraient en cours entre les autorités et les occupant-es de la ZAD, la réalité du terrain est toute autre. En effet, les combats ont repris, les forces de l’ordre ayant adopté des stratégies plus offensives de séparation des zadistes en plusieurs groupes.5 Les destructions et violences envers les personnes ont également continué, c’est une bien étrange de manière de négocier. Aujourd’hui, cela fait 2 semaines que l’intervention policière sur la ZAD a été déclarée terminée par la préfecture, mais le premier ministre parle de « mettre un terme à l’occupation illégale » laissant augurer une prolongation officieuse de l’opération militaire à l’encontre des zadistes à Notre-Dame-des-Landes. L’eau a également été coupée sur la ZAD6 (au moins en partie). Toutes les stratégies sont bonnes pour nuire aux occupant-es, même les plus perfides. Les rassemblements continuent dans toute la France et à l’étranger en soutien à la ZAD.

Un rassemblement unitaire durement réprimé dans le 92

Ce matin, postier-ères, étudiant-es, cheminot-es et autres camarades d’autres secteurs ont bloqué le centre de tri de La Poste de La Défense (92).7 Une action unitaire durement réprimé par les CRS venus casser le blocage des travailleur-ses mobilisé-es. La Poste du 92, déjà à l’origine du harcèlement syndical puis du licenciement de Gaël Quirante – militant politique et syndicaliste -, préfère donc envoyer les forces de l’ordre maltraiter ses salarié-es plutôt que d’accéder à leurs revendications, ou au moins d’engager des négociations.8

La commune de Censier à son tour menacée

L’occupation du campus Censier de Paris 3 est actuellement sous la menace d’une intervention des CRS comme l’a indiqué la présidence de l’université aux étudiant-es mobilisé-es. Après la coupure de l’électricité sur la site par l’administration, compromettant ainsi la sécurité des locaux mais surtout des étudiant-es présent-es sur les lieux, une intervention violente des forces de l’ordre contre des étudiant-es pacifiques est une nouvelle fois préférée à des négociations d’apaisement et à une accession aux revendications des étudiant-es. Dans un communiqué, la Commune de Censier affirme leur volonté de continuer l’occupation des lieux et appellent à une convergence de leurs sympathisant-es sur site.

Les identitaires toujours dans les Alpes

Génération Identitaire est toujours présente aux abords du col de l’Echelle, notamment du côté italien pour barrer la route aux migrant-es tentant de passer la frontière.9 Même si ces militant-es racistes et xénophobes ne rencontrent heureusement aucune migrant-e (évitant ainsi un déchaînement physique de leur violence), leur présence est absolument intolérable. Même si la préfète condamne l’action de l’organisation d’extrême-droite, elle ne mobilise pas ses troupes pour l’empêcher de continuer son opération raciste, illustrant une fois de plus la complaisance étatique vis à vis des groupuscules fascistes.

  1. http://www.liberation.fr/france/2018/02/07/racisme-d-etat-la-plainte-de-jean-michel-blanquer-contre-un-syndicat-classee-sans-suite_1628125
  2. http://www.liberation.fr/france/2018/04/17/ateliers-en-non-mixite-raciale-sud-education-93-vise-par-une-enquete-pour-discrimination_1643693
  3. http://www.leparisien.fr/societe/jean-michel-blanquer-la-liberte-pedagogique-n-a-jamais-ete-l-anarchisme-25-04-2018-7684062.php
  4. http://www.regards.fr/web/article/en-greve-les-enseignants-du-93-poursuivent-la-lutte-des-classes
  5. https://twitter.com/Kschka/status/989536272581578752
  6. https://twitter.com/Kschka/status/989493519948697601
  7. https://twitter.com/TCheminots/status/989431116317806592
  8. https://twitter.com/NnoMan1/status/989438851138584576
  9. https://twitter.com/cavousf5/status/989559643784597504

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