Journal de lutte, 27 avril 2018

Le passage en société anonyme : l’exemple de la Poste

Lorsqu’on attaque le passage sous le statut de société anonyme de la SNCF en assénant les exemples désastreux d’Orange ou de GDF ayant abouti à une privatisation, la majorité parlementaire et l’exécutif brandissent instantanément l’exemple de la Poste, passée en SA en 2010 et qui reste à 100% publique, rejetant ainsi toute accusation de privatisation. Cela est effectivement vrai, la Poste n’a pas été privatisée, du moins, pas entièrement. Elle a été d’abord segmentée en plusieurs entreprises distinctes mais rassemblées dans le même groupe – le Groupe La Poste -, séparant ainsi ses activités :  traitement du courrier classique, traitement des colis, activités bancaires, services postaux pour les entreprises etc … Cette segmentation est une porte ouverte aux privatisations partielles, filiale par filiale du groupe. Si aucune privatisation n’est encore effective, la menace est toujours là et l’Etat pourrait la mettre en oeuvre dès qu’un besoin de renflouer ses caisses se ferait sentir.

Si la Poste n’est pas encore privée, ses nouvelles méthodes de management, elles, le sont. En effet, depuis l’ouverture à la concurrence, les conditions de travail des salarié-es de l’entreprise publique et de ses filiales se sont très largement dégradées. Les géants comme Amazon ayant investi le nouveau marché français démontrent leur déconcertante flexibilité, imposant à la Poste un rigueur managériale toujours plus dure, pour atteindre ses objectifs de rentabilité.1 Ce sont deux modèles qui s’affrontent, l’un étant commercial, l’autre étant un service public, du moins à l’origine. Pour une meilleure rentabilité, une discrimination est également effectuée envers les client-es dont le courrier est jugé moins important, et qui ne sera livré que quelques fois par semaine comme c’est à l’essai dans différents départements. La Poste propose également ses services publicitaires aux entreprises, offrant les services de ses postier-ères pour délivrer des messages publicitaires. En clair, l’entreprise subit la concurrence, les salarié-es sont soumis-es à des pressions managériales plus fortes, le service postal se dégrade et les usager-ères en pâtissent.

Le parallèle entre la Poste et la SNCF est rapidement établi. Le gouvernement promet que cette dernière ne sera pas privatisée, et qu’elle suivra donc le chemin de la Poste. La filialisation du fret a par exemple déjà été annoncée, suivant ainsi le chemin du service public postal. Aussi, les petites lignes ne survivront pas à l’ouverture à la concurrence, comme ces client-es de la Poste dont le courrier ne sera désormais plus livré quotidiennement. Puis la pression managériale pour répondre aux impératifs de rentabilité de la hiérarchie se feront ressentir. Le service public ferroviaire se dégradera ainsi comme à La Poste. Cependant, à la SNCF, il existe également des conditions de sécurité à respecter, qui seront contraignantes financièrement quand le marché sera ouvert (et rien qu’y songer a de quoi nous rendre inquiet-ètes).

Une « journée morte » pour le rail ?

Les syndicats rencontreront Edouard Philippe le 7 mai prochain, tour à tour. En effet, le premier ministre ne recevra pas l’intersyndicale d’un seul coup mais préfère segmenter les entrevues, sûrement pour mettre la pression sur les représentant-es les moins radicaux-ales. Les cheminot-es sont cependant déterminé-es et cette tentative d’intimidation du pouvoir prouve qu’il redoute un durcissement et un prolongement de la grève, comme envisagé par l’intersyndicale. Erik Meyer, secrétaire fédéral SUD Rail, annonçait ce matin sur RTL qu’une « journée sans train, sans chantiers, sans présences dans les bureaux » était envisagée pour le 14 mai en cas d’échec des négociations avec le chef du gouvernement.2 Le but d’une telle journée est de rassembler au delà des cheminot-es, comptant notamment sur « une participation de l’encadrement ou plus massive des agents qui ne contribuent pas à la production quotidienne du ferroviaire ». L’occasion de montrer que les salarié-es de la SNCF s’opposent à la réforme de leur entreprise qui va détruire le service public ferroviaire.

Intervention policière à Sciences Po Paris

Alors que l’établissement était bloqué ce matin, l’administration n’a pas tardé à faire intervenir en nombre les forces de l’ordre pour débloquer les lieux. Des CRS venus en nombre rue St-Guillaume qui ont commencé par nasser les étudiant-es mobilisé-es, avant de rester en position pour tenir l’entrée du bâtiment.3 L’illustration parfaite d’une administration autoritaire qui veut verrouiller la contestation, notamment dans la « fabrique des élites ». Il s’agit de faire rentrer ces étudiant-es dans le moule et casser tout leur esprit critique vis à vis de la vision technocratique et autoritaire que l’on essaye de leur inculquer. Même face à des étudiant-es qu’il privilégie par rapport aux autres, l’Etat n’hésite jamais à sortir la matraque. Cet épisode fait suite à l’appel de 700 étudiant-es réparti-es dans les 10 IEP du pays à s’opposer à la loi ORE.4

La nouvelle attaque du gouvernement contre les plus précaires

Muriel Pénicaud a présenté la nouvelle réforme destructrice imaginée par l’exécutif  : le projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».5 Derrière cette formule agréable – comme toujours avec ce gouvernement – se cache en réalité un projet conçu avec des œillères pour lutter contre le chômage. Pour répondre aux mutations technologiques et écologiques – encore faudrait-il que nos dirigeant-es en soient conscient-es ce qui ne semble pas être le cas étant donné leur obnubilation pour la croissance – qui s’imposent à notre société, la formation serait la seule clé dont disposerait le gouvernement. Voilà comment le gouvernement justifie sa réforme de l’assurance chômage et de la formation professionnelle.

Les apprenti-es sont une main d’oeuvre au rabais pour les entreprises et ce projet de loi encourage encore plus la formation par apprentissage. Pourtant, une formation par apprentissage n’est jamais complète car réalisée à partir des seules tâches effectuées dans l’entreprise. Ces formations cloisonnent les apprenti-es dans leur branche professionnelle sans réorientation professionnelle facile. L’intégration dans le monde du travail des apprenti-es n’est donc pas pensée pour le long terme. De plus, seulement 30% des apprenti-es trouvent un emploi directement après leur formation tandis que 35% des contrats d’apprentissages sont rompus par l’employeur.

Concrètement, la formation professionnelle est peu à peu privatisée en étant confiée aux entreprises, alors que c’était de ressort des régions jusqu’alors. Les Centres de Formation des Apprentis (CFA) qui seront implantés sur le territoire et gérés par les branches professionnelles seront extrêmement hétérogènes. Dans les zones rurales, la qualité des CFA sera moindre du fait de l’absence de branches professionnelles fortes, instituant peu à peu une inégalité territoriale de la formation professionnelle. Donner cette prérogative aux branches professionnelles a également de quoi nous rendre inquiet-ètes vis à vis du contenu des formations qui seront toujours plus utilitaristes et de moins en moins émancipatrices.

  1. https://www.marianne.net/societe/greve-la-poste-face-amazon-prime-le-travail-bouleverse-des-facteurs
  2. http://www.rtl.fr/actu/debats-societe/le-journal-de-7h30-vers-une-journee-morte-a-la-sncf-7793164885
  3. https://twitter.com/SieurHibou/status/989821093732081664
  4. http://m.jactiv.ouest-france.fr/actualites/france/universite-700-etudiants-sciences-po-sopposent-reforme-85248
  5. http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/04/27/le-projet-de-loi-penicaud-2-souleve-encore-beaucoup-de-questions_5291469_823448.html?utm_term=Autofeed&utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1524831230

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