Journal de lutte, 29 avril 2018

L’acharnement réactionnaire sur Juliette, étudiante à Tolbiac

Après l’expulsion de l’occupation de Tolbiac, une étudiante mobilisée était invitée sur le plateau de l’émission de David Pujadas sur LCI avec pour autres invités Robert Ménard, Romain Goupil, Yaël Goosz – chef du service politique de France Inter – et Eugénie Bastié. Face à ces personnalités politiques et médiatiques aguerries qui l’ont ardemment méprisée et infantilisée, elle a défendu la nécessité de l’auto-organisation des femmes, queer et racisé-es en non-mixité choisie. Face à elle, l’odieux Robert Ménard a prétendu constater l’existence d’un racisme anti-blanc de la part des racisé-es. Juliette a détruit son argumentation en rappelant le caractère systémique du racisme dans notre société, une caractéristique que ne partage absolument pas ce prétendu racisme anti-blanc, fantasmé par la droite et l’extrême-droite réactionnaires – et le Printemps Républicain – à partir d’actes très isolés envers des personnes blanches.

L’acharnement d’abord médiatique s’est exercé contre elle d’abord parce qu’elle est une femme. Ses contradicteurs en direct ne se seraient jamais permis une telle hostilité face à un interlocuteur masculine. Ajoutons à cela sa qualité d’étudiante et toutes les conditions étaient réunies pour que les réactionnaires déchaînent leur haine. Cette rage conservatrice contre Juliette s’est prolongée et intensifiée sur les réseaux sociaux avec le harcèlement conjoint de la fachosphère et du Printemps Républicain. Certain-es allant jusqu’à fouiller son passé pour retrouver des photos de Juliette adolescente, en habit scout, déchaînant encore plus leurs vomissements réactionnaires sur l’étudiante, notamment accusée d’avoir trahi les valeurs chrétiennes lui ayant été inculquées. Juliette a su sortir des carcans potentiellement réactionnaires de son éducation religieuse chrétienne pour défendre l’auto-organisation des luttes, ce qui témoigne plutôt d’une certaine lucidité dans son analyse politique, quoi qu’en pensent ses opposants la traitant avec paternalisme.

Une petite polémique s’est créée dans le milieu militant antiraciste autour de l’intervention télévisuelle de Juliette. La militante n’a en effet pas été désignée par l’AG des étudiant-es de Tolbiac pour s’exprimer au nom de tou-tes, elle s’exprimait ainsi en son nom propre. Un petit questionnement s’est créé autour de sa légitimité à s’exprimer, notamment sur les thématiques antiracistes. Cependant, l’étudiante ne s’est pas exprimée directement sur les questions antiracistes mais sur la nécessité exprimée par les racisé-es de se rassembler en non-mixité. Si sa légitimité à s’exprimer publiquement quand l’AG décide d’utiliser un auto-média est sujette à débat, son positionnement est lui sans-équivoque, Juliette n’ayant fait que relayer les arguments de ses camarades racisé-es.

Parmi nos camarades, certains sont des faux

Les réactions venant de la droite, pour être abjectes comme à leur habitude, ne sont pas très surprenantes. Là où on a vraiment motif d’être écœuré-e, c’est en voyant les renforts à ces attaques venir de la « gauche » qui se prétend modérée, et il faut le dire, parfois même de nos propres rangs. En effet, les méthodes de lutte des militantes féministes ou antiracistes sont toujours questionnées par les tenants d’un universalisme paradoxalement très strict. Leurs arguments se résument à des cris d’effroi et à des complaintes en lien avec les discriminations que subiraient les blanc-hes (ou les hommes) dans des réunions non-mixtes. Tenter de discuter avec ces opposants est très compliqué. La seule question qui se pose à leur sujet est finalement celle-ci : Pourquoi des gens qui se prétendent antiracistes et/ou de gauche pleurnichent de cette façon sur les propos, qu’ils soient directs ou relayés, des militant-es antiracistes et/ou féministes ? Que craignent-ils exactement ? C’est la même question qui se pose quand on demande pourquoi ceux qui se prétendent être les ennemis viscéraux des nazis prennent la défense de ces même nazis, contre des gens dont ils disent être les camarades, quand il arrive que tel leader ou militant d’extrême droite se fasse taper dessus. Pourquoi font-ils ça ? Ces nazis ou apprentis nazis ne manquent ni de supports, ni d’argent, ni de complicité dans la police et l’armée. Ont-ils vraiment besoin de la défense inconditionnelle de militants de « gauche » ? Que croyez-vous qu’il se passe quand des camarades militant-es se font défoncer par la police ? C’est tout le spectre de l’extrême droite qui applaudit la police et sa « sévérité ».

Création d’une Coordination Queer, Féministe et Décoloniale

En réponse à la multiplication des attaques réactionnaires de la droite et de l’extrême-droite, des militantes antiracistes, féministes et LGBT+ ont fait le choix de constituer une coordination nationale. L’auto-organisation des racisé-es, queer et féministes est le pilier de la nouvelle Coordination Queer, Féministe et Décoloniale (abrégée en CQFD), qui se réunira de fait en non-mixité. Elle prévoit prochainement de dépasser son activité virtuelle naissante afin de s’inscrire durablement dans le mouvement social pour porter ses revendications. Le processus de création ainsi que les objectifs de la CQFD sont détaillés dans son communiqué paru vendredi.1 En réponse aux attaques réactionnaires envers Juliette et Leïla suite à leurs propos après l’expulsion de la Commune Libre de Tolbiac, la CQFD avait déjà publié un premier communiqué de soutien aux deux étudiantes.2 Pour suivre l’actualité de cette nouvelle organisation, suivez @CoordQFD sur twitter.

Quelle suite pour le mouvement cheminot face aux attaques administratives ?

Alors que s’achève le 12e jour de grève pour les cheminot-es, la mobilisation ne faiblit3 pas contrairement aux affirmations de la direction qui redouble d’efforts pour camoufler le fort taux de grévistes – nous en parlions dans un précédent journal de lutte. Dans le même temps, les annonces de l’exécutif contre les cheminot-es se suivent et se ressemblent, et la question du type de grève à adopter pour faire face à cet entêtement gouvernementale est au centre des discussions entre cheminot-es. La base du mouvement plaide pour une radicalisation du mouvement vers une grève illimitée reconductible, comme celle votée à l’AG de Gare du Nord depuis plus d’une semaine, comme appelle notamment SUD Rail depuis le début de la mobilisation. Mais en haut-lieu, les directions syndicales de la CGT, de l’UNSA et de la CFDT s’obstinent à maintenir un calendrier prévisible et peu efficace.

Comment justifier cette persistance face aux coups bas successifs de l’administration ? La direction de la SNCF évoquait il y a peu des retenues à l’encontre des cheminot-es mobilisé-es. Les syndicats ont donc saisi l’inspection du travail face à cette mesure répressive illégale à l’encontre des grévistes. Ce mercredi, le ministère du travail a demandé à la Direction Générale du Travail d’ordonner à ces agent-es de ne pas mener l’enquête autour de cette décision de la SNCF, comme l’a révélé la CGT.4 La demande du remboursement des usager-ères par la SNCF est également fréquemment évoqué dans le traitement médiatique de la grève. Les syndicats se sont prononcés de manière unitaire en sa faveur à condition qu’elle soit d’au minimum de 40%.5 En effet, entre les retenues de salaire sur les payes des grévistes et l’absence de frais de production liés à la circulation des trains, la SNCF a les fonds pour rembourser les usager-ères, notamment les abonné-es. En refusant de procéder à ces remboursements, la direction de la SNCF, et son allié le gouvernement, alimentent un climat social tendu et font peser la responsabilité sur le dos des cheminot-es, conformément à l’acharnement communicationnel à leur égard depuis le début de la mobilisation des travailleur-ses du rail.

Le 3 mai s’annonce comme une nouvelle journée de forte mobilisation pour les cheminot-es, appelée par les 4 principaux syndicats. Nous verrons si la radicalisation du mouvement s’exprime localement en AG pour mener à la grève générale réclamée par nombre de cheminot-es grévistes.

Le gouvernement s’enlise avec ParcourSup

La loi ORE a lancé une mobilisation étudiante d’envergure à travers le pays en opposition à cette réforme destructrice de l’enseignement supérieur, qui instaure la sélection à l’université, promet une déstructuration la licence et met un net coup d’arrêt à la démocratisation de l’enseignement supérieur. En réponse à ce mouvement étudiant pacifique, l’exécutif n’hésite pas à recourir à des expulsions violentes des campus occupés comme à Tolbiac il y a une dizaine de jours ou encore à Metz et Nancy plus récemment. Même face à cette menace violente, la mobilisation étudiante tient et initie même une convergence relative avec les autres composantes du mouvement social. Mais cette répression autoritaire ne saurait cacher les failles du projet de l’exécutif pour l’université. Le calendrier des décrets d’applications de la loi ORE est loin d’être respecté, avec plusieurs retards conséquents. Cela annonce une vraie catastrophe de la plateforme ParcourSup, la nouvelle plateforme d’affectation des voeux post-bac aux candidat-es. Celle-ci présente de nombreuses défaillances dans sa conception-même, comme le montre cet article de @Ipochocho sur son blog Mediapart, également repris dans un article sur @ZesteDeSavoir. Toutes les organisations étudiantes et universitaires mobilisées, qu’elles soient syndicales ou politiques, appellent unanimement à une augmentation conséquente des moyens accordés à l’enseignement supérieur.

Bientôt le retour du service national obligatoire ?

L’Etat n’a pas l’argent pour former tou-tes les candidat-es à l’enseignement supérieur, par contre il en trouve quand il s’agit de soumettre les jeunes citoyen-nes à son pouvoir autoritaire. En effet, dans un article du JDD6, on apprend qu’un service national universel (SNU)- militaire ou civique – sera rendu obligatoire pour tou-tes les jeunes à partir de 16 ans par le gouvernement, conformément à la proposition du candidat Macron durant la campagne présidentielle 2017. C’est un rapport du Général Daniel Ménaouine remis jeudi à l’Elysée qui le préconise. 600 000 à 800 000 lycéen-nes et étudiant-es seront concerné-es chaque année par ce SNU avec un montant estimé annuellement entre 2,4 et 3,1 milliards pour cette mesure. La durée obligatoire de ce service sera d’un mois, avec une partie en internat et une partie plus « opérationnelle ».

Le choix du type de service entre militaire et civique avancé par l’exécutif semble infaisable. Actuellement, seul-es 100 000 jeunes effectuent un service civique dans une association (données de 2016). Si on considère qu’une grande part des lycéen-nes et étudiant-es veulent éviter un service militaire, comment les associations pourront-elles proposer des centaines de milliers de services civiques aussi rapidement ? De plus, la durée minimale est d’ailleurs de 6 mois pour ces services civiques. On imagine mal des associations confier des missions de ce type à des personnes ne restant que pour une durée obligatoire d’1 mois. Ajoutons à cela la baisse constante des budgets accordés aux associations responsables qui auraient plus besoin d’une augmentation budgétaire pour reprendre le cours normal de leurs activités plutôt que des cohortes d’adolescent-es désintéressé-es de leurs thématiques (car obligé-es de réaliser ce service civique) à former et encadrer. Ce gouvernement étant capable de tout, on peut également craindre que l’Etat ne subventionne plus les associations pour rémunérer à hauteur de 80% leurs services civiques. Surtout qu’il y a un risque que d’autres acteurs soient en revanche ravis de bénéficier de jeunes constituant une main d’oeuvre pas chère pour effectuer des bullshit jobs à bas-coût nécessaires à ces structures, mais qui ne veulent pas employer des travailleur-ses au SMIC (et qui ont permis de densifier le nombre de services civiques effectués ces dernières années). Compte-tenu de ces problématiques, on peut légitimement supposer que nombre de jeunes devront passer par le service militaire face à l’absence de service civique disponible. L’exécutif en est conscient et compte bien utiliser la menace militaire pour contraindre les citoyen-nes en devenir à la logique républicaine autoritaire archaïque.

Une fête en soutien aux postier-ères grévistes à Paris 8

Hier avait lieu fête de soutien aux postier-ères grévistes du 92 à l’université Paris 8 à Saint-Denis.7 Cet événement marque le premier mois de grève des salarié-es de la Poste des Hauts-de-Seine qui se battent notamment pour la réintégration de GaËl Quirante – secrétaire départemental de SUD Poste 92 – victime de harcèlement syndical puis licencié par l’entreprise publique, avec l’aval de la ministre du Travail. Les postier-ères du 92 ne sont pas les seul-es salrié-es de la Poste à faire grève, en effet, on compte nombre de leurs collègues également mobilisé-es en Gironde, des Bouches-du-Rhône ou des Hautes-Pyrénées par exemple. Ces mouvements de contestation sont issus de l’opposition à la privatisation insidieuse de l’entreprise publique,8 prise en exemple par le gouvernement pour la libéralisation du secteur ferroviaire.

Liberté pour les 3 de Briançon !

3 militant-es ont été interpellé-es suite à la mobilisation antifasciste et solidaire en réponse à l’opération de Génération Identitaire au col de l’Echelle dans les Alpes.9 10 Un comité de soutien s’est monté pour exiger leur libération et condamner la collusion de l’Etat et de l’extrême-droite.11 Ces militant-es solidaires en détention illustrent les mensonges des députés LREM qui prétendaient la semaine dernière avoir presque supprimé le délit de solidarité. Liberté pour les 3 de Briançon !

  1. https://twitter.com/CoordQFD/status/989943738498797568/photo/1
  2. https://twitter.com/CoordQFD/status/989560368681881600/photo/1
  3. https://www.cheminotcgt.fr/wp-content/uploads/2018/04/20180428_Info_luttes_n%C2%B017.pdf
  4. http://cgt-tefp.fr/greve-des-cheminots-le-ministere-du-travail-demande-a-linspection-du-travail-ne-pas-accomplir-sa-mission/
  5. https://sudrail.fr/Courrier-unitaire-a-G-Pepy-Remboursement-des-abonnements-des-usagers
  6. https://www.lejdd.fr/politique/info-jdd-vers-un-service-national-obligatoire-dun-mois-3638360
  7. https://www.facebook.com/events/367230590431156/
  8. https://perspectives-printanieres.info/index.php/2018/04/27/journal-de-lutte-27-avril-2018/
  9. https://perspectives-printanieres.info/index.php/2018/04/21/generation-identitaire-met-en-place-une-traque-des-migrant-es/
  10. http://lahorde.samizdat.net/2018/04/25/vallee-de-la-haute-durance-trois-potes-en-prison/
  11. https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/des-citoyen-ne-s-solidaires-en-prison-et-une-milice-d-extreme-droite-qui-agit

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