Journal de lutte, 3 mai 2018

Grosse journée de mobilisation

Ce jeudi 3 mai était annoncé comme une grande journée de mobilisation pour les différentes composantes du mouvement social dans une semaine bien chargée1, deux jours après le 1er mai, et deux jours avant la « Fête à Macron » appelée par le député François Ruffin et l’économiste devenu philosophe Frédéric Lordon. Bien qu’éclatées – à Paris, les enseignant-es avaient rendez-vous à 12h à Montparnasse, les finances publiques à 11h30 devant Bercy et les cheminot-es à 13h place Joffre – les manifestations ont été suivies témoignant de l’accélération de la contestation face à la dérive autoritaire du gouvernement. Les étudiant-es étaient également présent-es, aux côtés des autres secteurs en lutte, comme depuis le début du mouvement social qu’iels ont initié avec leur mobilisation contre le Plan Etudiant. Nombre de postier-ères se sont également joint-es aux manifestations. Les différents cortèges se sont rejoints dans Paris pour former un seul cortège plus dense et plus représentatif.2

L’Union Syndicale Solidaires avait appelé à un rassemblement ce soir à 17h sur le parvis de la Gare du Nord3 en soutien à toutes les luttes en cours sur le territoire.

Demain sera également une journée de mobilisation convergente regroupant étudiant-es, cheminot-es (14e jour de grève) et salarié-es d’Air France (12e jour de grève).4 Le mouvement social se densifie jour après jour malgré les tentatives médiatiques pour le disqualifier, et regroupe toujours plus de contestataires au projet du gouvernement.

La mobilisation étudiante continue

Alors que les vacances et l’arrivée des partiels annonçaient selon certain-es éditorialistes déconnecté-es du monde réel, les étudiant-es sont toujours autant mobilisé-es, en manif ou sur leurs campus, malgré la répression policière accrue depuis plusieurs semaines. Aujourd’hui, les blocages du Mirail à Toulouse5 ainsi que de Clignancourt et Malesherbes de Paris 4 ont été reconduits avec de larges majorités. L’AG des étudiant-es de Grenoble a quant à elle de nouveau voté le blocage de l’université mais la forte présence policière sur les lieux empêche sa mise en place. De nouveaux campus étaient bloqués aujourd’hui, comme Jussieu (ex-Paris 6) et les IEP de Toulouse & Poitiers.6 La fac de lettres de l’université de Nancy, expulsée par les forces de l’ordre la semaine dernière, est quant à elle de nouveau occupée.7 L’EHESS était toujours occupée ce jour, suite à l’appel de l’AG tenue le 30 avril.8 Plusieurs lycées étaient bloqués ce matin comme celui de Vilgénis à Massy9 ou Henri IV à Paris.

La mobilisation à Paris 1 continue après l’expulsion de Tolbiac il y a 2 semaines. Les partiels ont été délocalisés à Rungis, loin des locaux parisiens de l’université. Une fois sur place, de nombreux partiels ont été annulés grâce à la grève des étudiant-es.10 C’est un sacré revers pour l’administration de l’université qui a tenté de passer en force, tout d’abord avec une expulsion violente par la police du site de Tolbiac puis avec une délocalisation lointaine des examens. La présidence de Paris 1 se heurte une nouvelle fois à la détermination des étudiant-es mobilisé-es. Dans le même temps à Strasbourg, plusieurs partiels sont bloqués par les étudiant-es en lutte, mais un fichage des étudiant-es impliqué-es a été réalisé puis transmis au personnel, qui empêche ainsi ces mêmes étudiant-es de prendre à part à leurs partiels quand ceux-ci sont maintenus. L’université commence à appliquer sur ses propres étudiant-es les méthodes de répression syndicale fréquemment employées par le patronat.

Occupation de l’ENS Ulm

Depuis hier, l’Ecole Normale Supérieure Paris-Ulm est occupée par étudiant-es et enseignant-es, emboîtant ainsi le pas aux mobilisations partout en France contre la loi ORE, et s’inscrivant également dans la contestation des réformes de la SNCF ou des ordonnances de la loi travail XXL comme l’indique un communiqué des occupant-es. Au milieu de slogans inspirés qui sont apparus sur les murs, des universitaires et militant-es se sont succédés à la tribune – philosophe italien Giorgio Agamben, de l’économiste Frédéric Lordon, de professeur-es comme Antonia Birnbaum ou Johanna Siméant-Germanos, de Gaël Quirante de SUD-PTT, des cheminot-es – mais surtout nombre de normalien-nes opposé-es au projet gouvernemental. Tou-tes ont rappelé la nécessité de se battre face aux réformes destructrices de l’exécutif, appelant à « tisser des liens » entre les luttes pour former un (black) bloc face au pouvoir en place. L’ENS est un symbole de la sélection méritocratique républicaine et de ses travers, la mobilisation de ses étudiant-es, conscient-es de leur situation et de celle du pays, n’est pas anodine. Notons que des CRS étaient présents autour des lieux hier dans la soirée et aujourd’hui dans la journée illustrant l’entêtement d’un gouvernement qui semble prêt à s’attaquer à des étudiant-es qu’il considère pourtant comme ses plus brillant-es. Mais cette menace ne fermera pas le « lieu d’expression de la révolte » qu’est devenue l’ENS Ulm.

Moussa ne sera pas expulsé pour le moment

Le militant guinéen de l’association AIDES était menacé d’expulsion après son arrestation.11 Les forces de l’ordre devait le placer dans un vol à 17h30 depuis l’aéroport de Lyon St-Exupéry. En cas de retour en Guinée, Moussa était en grand danger car ce pays pénalise l’homosexualité. Il a notamment vu son compagnon se faire brûler vif du fait de son homosexualité. La non-prise en compte de ce danger imminent de mort dans l’expulsion d’un réfugié est absolument indigne. L’inhumanité du gouvernement est une nouvelle fois démontrée après l’odieux traitement qu’il réserve aux exilé-es depuis des mois, le vote récent de la très répressive loi Asile-Immigration à l’Assemblée Nationale par la majorité (et la collaboration du FN) ou encore le laxisme des autorités face à la traque des migrantes dans les Alpes organisée à grands frais par Génération Identitaire.

Grace à la mobilisation de nombreux-ses militant-es et citoyen-nes révolté-es par cette expulsion présentant un grave danger pour le réfugié expulsé et s’étant notamment rendu-es à l’aéroport de Lyon St-Exupéry, Moussa a pu éviter de prendre la direction de Casablanca.12 Mais le combat de Moussa n’est pas terminé, son dossier reste en effet entre les mains du procureur qui peut décider d’abandonner les poursuites, d’ajouter une amende ou une peine de prison à son expulsion ou de prolonger sa détention en attendant de prendre une décision. Les rassemblements de soutien prévus ont été maintenus.13

  1. http://www.regards.fr/societe/article/semaine-de-lutte-jour-1-la-gauche-parapluie
  2. https://paris-luttes.info/en-mai-fait-ce-qu-il-te-plait-10143#maj44734
  3. https://twitter.com/UnionSolidaires/status/991942348727881728
  4. http://www.revolutionpermanente.fr/Les-3-et-4-mai-les-cheminots-et-les-etudiants-Air-France-et-les-profs-prennent-la-rue-malgre-la
  5. https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/attendant-police-blocage-se-poursuit-universite-jean-jaures-toulouse-1469475.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter
  6. https://tendanceclaire.org/breve.php?id=28104
  7. https://twitter.com/BlocageN/status/991997734466080768
  8. https://paris-luttes.info/jeudi-3-mai-a-l-ehess-le-jour-ou-10108
  9. https://twitter.com/BlocusInfos/status/991954373390618624
  10. https://twitter.com/Guill_Mazeau/status/992038907649970178
  11. https://twitter.com/assoAIDES/status/991959119035817985
  12. https://twitter.com/assoAIDES/status/992061046578925569
  13. https://twitter.com/assoAIDES/status/992077279210688512

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