Journal de lutte, 9 mai 2018

Expulsion de la faculté du Mirail par les CRS dans la nuit

Pour étaler sa force, l’Etat ne manque jamais de moyens. Ce matin vers 4h, alors qu’il faisait encore nuit, 180 CRS, épaulés par un hélicoptère qui survolait la zone, se sont attaqués au blocus maintenu depuis mi-mars par les étudiant-es. L’évacuation s’est faite dans les pires conditions, en pleine nuit, face à des étudiant-es soudé-es et pacifiques et sans moyens pour elleux de partir par le métro (fermé). La préfecture assure que l’opération s’est déroulée sans incidents alors que deux blessé-es sont à déplorer du côté des étudiant-es.1 L’ouverture d’une enquête pour « dégradations » a été annoncée pour « identifier les éventuels auteurs », alimentant encore plus la psychose des étudiant-es casseur-ses, déjà entretenue il y a quelques semaines avec l’expulsion de Tolbiac. Rappelons également que l’expulsion du Mirail découle d’une décision datant du 2 mai du tribunal administratif de Toulouse, initialement saisi par l’UNI, toujours présente pour nuire à la mobilisation étudiante. Cependant, les étudiant-es mobilisé-es au Mirail, et notamment l’Union des Étudiant-es de Toulouse (UET) – un syndicat étudiant -, ne comptent pas s’arrêter là. Aujourd’hui, une AG publique (voir le compte-rendu) s’est tenue dans Toulouse et une convergence du Mirail avec la mobilisation de l’université Paul Sabatier, également située à Toulouse, est envisagée. Dans tous les cas, le syndicat reprendra son travail d’information des étudiant-es sur la loi ORE et ses effets. Un rassemblement est prévu en début de soirée devant la préfecture de Haute-Garonne pour protester contre l’expulsion violente du Mirail, ainsi qu’un autre à Paris devant le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Mirail : Le harcèlement des étudiants se poursuit jusqu’à la gare Matabiau

Accusé-es de vouloir « envahir » la gare, les étudiant-es s’en sont vus interdire l’accès, lors d’une intervention qui a entraîné une interpellation qui a encore causé 1 blessé étudiant supplémentaire, comme le relate le site Actu.fr2. Il est à noter, car c’est assez rare, que le site Actu.fr a fait une mise à jour suite au complément d’information apporté par l’Union des Étudiant-es de Toulouse sur Twitter :

Les étudiant-es devaient donc initialement réaliser leur Assemblée Générale dans la gare, sur proposition et avec l’accord des cheminot-es. Face à la répression organisée à leur encontre, les étudiant-es ont une nouvelle fois délocalisé leur AG sur la place du Capitole en plein centre de Toulouse.

Toujours une dizaine de facs occupées

Paris 8, Paris 4 (Malesherbes et Clignancourt), EHESS, Grenoble, Limoges, ENS Lyon, Aix-Marseille, Nantes, Rennes 2, Dijon …3 De nombreuses universités sont toujours occupées malgré la répression policière qui s’abat sur elles, comme aujourd’hui au Mirail où à Tolbiac, Censier, Metz, Nancy et autres ces dernières semaines. Persuadé qu’en expulsant les occupations il détruira la mobilisation et réduira la détermination des étudiant-es qui s’opposent au Plan Étudiant, l’exécutif s’agite de plus en plus pour en expulser le plus possible. Rennes 2 et Nantes craignaient notamment une expulsion aujourd’hui également. Mais les gesticulations gouvernementales, associées à ses mensonges récurrents, n’entraveront pas le mouvement étudiant qui trouve toujours de nouveaux moyens d’action, malgré la violence des forces de l’ordre à leur égard.

SNCF : les syndicats se réunissent ce soir pour décider de la suite du mouvement

Test déterminant pour l’unité de l’intersyndicale et donc la poursuite du mouvement à la SNCF, les syndicats se réunissent ce soir à Montreuil (93) pour décider de la suite du mouvement.4 La question d’un référendum pour « questionner les cheminots » sur leur approbation ou non de la réforme et porté par l’intersyndicale sera probablement discutée.5 Laurent Brun, secrétaire de la CGT Cheminots, déclarait ce matin que « ce mouvement a les capacités de tenir dans la durée », notamment grâce à la détermination de cheminot-es et leur attachement au service public.6 Si les cheminot-es sont aussi déterminé-es que le dit la CGT, pourquoi organiser un tel référendum ?  Derrière ce double discours se cache une nouvelle décision hiérarchique en désaccord avec la base du mouvement, tout comme l’était l’institution d’un calendrier de grève, trop prévisible. Peut-être que ce nouveau faux pas de la hiérarchie poussera les cégétistes les plus radicaux-ales à rejoindre SUD Rail dans la revendication d’une grève illimitée reconductible décidée localement par les AG de cheminot-es. Par ailleurs, si référendum il y a,  celui-ci interviendrait peu de temps après la consultation par la direction du groupe des salarié-es d’Air France ayant, remporté par les opposant-es à la direction, et qui a entraîné la démission du PDG (du moins elle devrait prochainement être annoncée), Jean-Marc Janaillac. Cependant, les conditions d’un tel vote à la SNCF sont bien différentes car le référendum serait organisé par l’intersyndicale et non par la direction mais celle-ci conteste également toute légitimité d’une telle consultation massive des salarié-es, prétextant que le sujet de la réforme est législatif. Il ne concernerait pas seulement les salarié-es mais tou-tes les français-es à travers le débat de leurs représentant-es élu-es, à savoir les député-es. Pourtant, ce sont bien les cheminot-es qui sont principalement attaqué-es par la réforme, dans les conditions de travail.

D’autres actions d’envergure nationale sont également en prévision par les cheminot-es, s’ajoutant aux initiatives locales partout en France. Le 14 mai est notamment prévue une « Journée sans cheminot-es » empêchant ainsi tout train de circuler. Le projet de loi entrera au Sénat le 29 mai, date charnière pour le mouvement où commencera peut-être une pause selon ce que décide l’intersyndicale. Mais pause ne veut pas dire arrêt du mouvement, celui-ci se poursuivra même probablement au delà du 28 juin, date initialement prévue pour la fin du calendrier de grève.

Le projet de réforme constitutionnelle présenté en conseil des ministres

La démocratie représentative est aux abois, notamment en France. Les citoyen-nes sont globalement excédé-es par la corruption et autres arrangements qui gangrènent le pouvoir depuis de nombreuses années. Dans cette situation difficile, un renouveau démocratique s’impose pour permettre à la démocratie de revenir au centre de la décision politique. Pourtant, ce n’est pas le chemin qu’ont choisi Emmanuel Macron et son gouvernement avec sa réforme constitutionnelle, présentée aujourd’hui en conseil des ministres.7 Celle-ci s’inscrit dans un projet plus global de réforme des institutions annoncé par Emmanuel Macron en juillet 2017, qui incluera deux autres réformes des institutions, l’une dite ordinaire, l’autre organique. Au lieu de favoriser la démocratie, cette réforme va au contraire largement la brider. Outre des mesures d’ordre communicationnel – transformation du CESE ou l’inscription de « l’impératif de la lutte contre le changement climatique » -,  elle prévoit en effet de limiter le droit d’amendement des parlementaires, de réduire les navettes parlementaires (quand un texte circule entre les deux chambres du Parlement, l’Assemblée Nationale et le Sénat) ou encore de donner la priorité aux textes gouvernementaux pour être discutés au Parlement. Le statut particulier de la Corse sera inscrit dans la Constitution comme l’avait annoncé Emmanuel Macron lors de son dernier voyage dans la région. Ces mesures entraîneraient une réduction du processus démocratique représentatif, déjà largement malade et contesté, renforçant le pouvoir détenu par seulement quelques un-es.

Les deux autres textes concernant la réforme des institutions sont attendus d’ici la fin du mois, dès que le Conseil d’Etat aura fini des les examiner. Ceux-ci comportent d’autres points inquiétants pour l’avenir démocratique de la France, comme la réduction de 30% du nombre de parlementaires, passant ainsi de 577 député-es à seulement 404, et de 348 à 244 sénateur-rices. Le démocratie représentative est malade très peu représentative donc le gouvernement propose de résoudre le problème en réduisant encore plus sa représentativité ! La justification de cette mesure est « l’amélioration du travail législatif », drôle de formulation pour caractériser le recul du processus démocratique de décision politique. Sont aussi prévues des mesures plus positives comme l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives (15% des député-es seront élu-es à la proportionnelle, soit 61 sur 404) ainsi que la limitation des mandats identiques consécutifs dans le temps à 3 (pour les parlementaires et exécutifs locaux, sauf pour les maires de communes de moins de 9000 habitant-es, soit 95% des communes). Les mesures concernant l’élection des parlementaires nécessitera un redécoupage complexe, accentué par la proportionnelle partielle. (D’ailleurs quel intérêt d’avoir une proportionnelle seulement partielle ?) La démocratie n’est pas lisse contrairement à la vision qu’en ont les macronistes. Au contraire, elle s’appuie sur la multitude de débats, souvent animés, qui permettent de confronter tous les points de vue représentés dans la société. Réduire la représentativité déjà discutable du Parlement est ainsi totalement antidémocratique. Le gouvernement n’en est pas à son coup d’essai en matière de répression démocratique compte-tenu des déclarations récentes du ministre de l’intérieur Gérard Collomb concernant les sanctions qui pèseront à l’avenir sur les manifestant-es. L’avenir de la démocratie s’obscurcit grandement, mais les perspectives d’évolution vers une démocratie locale, inclusive, participative, populaire et directe se développent malgré le désintérêt manifeste des médias pour celles-ci. Le film Démocratie(s) du trio Data Gueule en expose plusieurs, à différentes échelles. L’occasion aussi de continuer à construire un municipalisme libertaire – théorisé par Murray Bookchin pour celleux qui voudraient se saisir concrètement du sujet8 – pour introduire un vrai renouveau démocratique dans notre société et répondre aux urgences sociales et environnementales qui la menacent.

Grève dans les centre d’impôts en Haute-Garonne

Le 4 mai, des agents du centre des impôts bloquaient le centre de Toulouse9. Ils protestaient contre des politiques de casse de leur service et la fermeture de centres, ainsi que dans le cadre de la convergence des luttes.

  1. https://twitter.com/UEToulouse/status/994169264813871105
  2. https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/toulouse-etudiants-evacues-mirail-tentent-envahir-gare-trois-blesses_16713577.html
  3. https://twitter.com/cortegedetete/status/994194485621002240
  4. https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/sncf-les-syndicats-doivent-decider-de-la-suite-du-mouvement-1525840626
  5. http://abonnes.lemonde.fr/entreprises/article/2018/05/09/les-syndicats-de-cheminots-preparent-un-referendum-sur-la-reforme-a-la-sncf_5296671_1656994.html
  6. http://live.lesechos.fr/60/0301658366860.php#xtor=RSS-8
  7. http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/05/08/les-trois-projets-de-loi-de-la-reforme-des-institutions_5295950_823448.html
  8. http://ecorev.org/spip.php?article469
  9. https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/04/2791654-greve-des-agents-des-impots-plusieurs-centres-fermes.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *