Journal de lutte, 11 mai 2018

Répression policière et partiels annulés

L’université de Nanterre, dont les étudiant-es sont largement mobilisé-es depuis plusieurs semaines avec des blocages et occupations de l’établissement, a délocalisé des partiels vendredi et samedi à la maison des examens à Arcueil au sud du 92. Face à cette annonce, le comité de mobilisation des étudiant-es nanterrois-es a décidé d’empêcher la tenue de ces partiels en bloquant l’entrée de la maison des examens.1 (Notons la grande partialité de cet article du Monde) Ce matin, plusieurs centaines d’étudiant-es étaient donc rassemblé-es devant les portes de l’établissement où étaient également présentes les forces de l’ordre, venues en masse pour tenter de contenir la blocage. La répression fut sévère, gazages et matraques répétés, et injustifée car le blocage n’était absolument pas violent comme en témoignent les nombreuses images qui ont circulé sur les réseaux sociaux. Les CRS ont également tenté de faire passer les étudiant-es non mobilisé-es au compte-goutte avant que les partiels sont définitivement reportés.

L’intersyndicale cheminote ne serait-elle pas en train de se fissurer ?

Ce vendredi, les concertations entre les 4 syndicats représentatifs des salarié-es la SNCF – CGT, SUD, UNSA & CFDT – et le gouvernement devaient reprendre par l’intermédiaire de la ministre des transports alors que les délégations syndicales ont rencontré le premier ministre lundi en début de semaine. Les discussions étaient dans l’impasse compte-tenu de l’entêtement gouvernemental ce qui a poussé SUD Rail et la CGT à ne pas participer aux nouvelles concertations. La CFDT et l’UNSA ont pour leur part participé et ont même salué l’attitude plus ouverte de la ministre avec qui ils auraient renoué le dialogue.2 Chacun a présenté ses amendements – 42 pour la CFDT et 30 pour l’UNSA – au projet de loi, même s’il y a très peu de chances que le gouvernement prenne en compte les propositions syndicales, même les plus douces. Les deux centrales réformistes assurent qu’il n’y a aucun danger pour l’unité syndicale malgré ces divergences stratégiques vis à vis de la négociation avec l’exécutif. Cependant, l’UNSA et la CFDT considèrent que les discussions avec Edouard Philippe ont ouvert une nouvelle phase pour le dialogue – peut-être en tombant ainsi dans le piège manipulateur de division du gouvernement ? – alors que celui-ci s’est montré extrêmement ferme et déterminé pour mener à bien la réforme de la SNCF. Une consultation des cheminot-es est organisée par l’intersyndicale malgré le contexte lui étant défavorable comme c’est explique dans un article du blog Le Rail Déchaîné. Nous verrons quels seront les résultats et comment cela impactera l’unité syndicale qui commence peu à peu à sa fragiliser avec des divergences qui apparaissent de plus en plus clairement.

La ZAD toujours menacée

Alors qu’une accalmie était annoncé jusqu’au 14 mai avec un retrait des forces de l’ordre jusqu’à cette date, la situation sur le terrain est tout autre. L’opération est officiellement terminée depuis le 12 avril selon l’Etat mais d’autres attaques ont lieu quotidiennement avec de nombreux tirs de grenades, parfois lancées à hauteur d’homme.3 Si les assauts des forces de l’ordre ont repris avant le 15 mai, on peut supposer qu’ils seront bien plus nombreux et violents à partir de mardi. La ZAD a d’ailleurs fait un nouvel appel à converger pour sa défense et sa reconstruction.4 Un entretien avec Michel Badré, un des trois membres de la commission désignée par le gouvernement français pour l’aider à prendre sa décision sur le cas Notre-Dame-des-Landes. est également récemment sorti. Ce spécialiste de l’environnement, qui a longtemps travaillé à l’Office National des Forêts (ONF) et au ministère de l’environnement, représentant de l’association Humanité et biodiversité au Cese – Conseil économique social et environnemental -, ne connaissait pas particulièrement le dossier NDDL quand on lui a proposé cette mission. De nombreux éléments en lien avec le projet d’aéroport sont passés en revue dans cette restitution d’entrevue, notamment l’hypocrisie des politiques, de droite comme de gauche (de Jean-Marc Ayrault, très proche du dossier par bien des aspects, à François Fillon). D’autres informations sont intéressantes dans cet entretien illustrant notamment la stratégie communicationnelle et politique consistant à brandir l’écologie comme la principale raison ayant fait changer d’avis le gouvernement alors qu’il ne s’en est en réalité pas soucié.

Un flic dégagé de l’AG de Paris 8

L’occupation de l’université Paris 8 court depuis plusieurs mois, notamment avec l’accueil de personnes exilé-es. Même si cette occupation a lieu dans une université francilienne toute proche de Paris (93), elle est largement moins médiatisée que l’occupation de Tolbiac par exemple, démontrant ainsi le parisianisme intramuros autour du quel est polarisé le traitement médiatique du mouvement étudiant. Quoiqu’il en soit, les occupant-es de Paris 8 sont toujours présent-es, l’occupation tient et les AG rassemblent toujours des centaines d’étudiant-es. C’est dans une de ces AG que les étudiant-es ont découvert un RG infiltré.5 Démasqué par son attitude et ses déclarations quelque peu incohérentes car inventées donc caricaturales. Il s’est carrément présenté comme étant un viticulteur du sud de la France, étudiant l’œnologie à Bercy et étant également domicilié dans le 93, d’où sa présence à l’AG. Mais les étudiant-es ont remarqué de l’équipement d’enregistrement qui dépassant de ses habits. Face à la détermination des étudiant-es pour récupérer son matériel d’enregistrement, l’agent infiltré a finalement remis son matériel, abandonnant ainsi ses enregistrements (sonores et vidéos notamment). Contrairement aux déclarations médiatiques, la contestation étudiante fait peur au pouvoir en place, au point d’envoyer des espions avec des identités secrètes dans les AG étudiantes pour récupérer des informations.

Le McDo de Gare du Nord fermé par des syndicalistes

Le restaurant de Gare du Nord de la célèbre chaîne américaine de fast-food a été fermé ce soir par des syndicalistes de la CGT et de SUD.6 Leurs revendications concernent de meilleures conditions de travail pour les employé-es du restaurant et un salaire à 13€/h. L’entreprise est une championne de l’évasion fiscale avec une méthode pour payer le moins d’impôts possibles en France. McDonalds fait payer des loyers colossaux à ses franchisés  pour que leurs bénéfices soient les plus faibles possible et ainsi payer moins d’impôts.7 Cette action syndicale fait suite à la mobilisation d’employé-es américain-es de McDonalds. En effet depuis 2013, ces dernier-ères luttaient pour un salaire de 15$/h alors que celui-ci n’était que de 7$/h. Il avait été partiellement augmenté année après année, calqué sur l’inflation (donc finalement pas vraiment augmenté). Cela illustre l’hégémonie mondiale des méthodes managériales modernes, qui exploitent les travailleur-ses partout à travers le monde.

 

  1. http://abonnes.lemonde.fr/campus/article/2018/05/11/reforme-des-universites-tensions-lors-du-blocage-d-examens-delocalises-a-arcueil_5297426_4401467.html
  2. https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN1IC1DJ/sncf-les-syndicats-reformistes-renouent-le-dialogue-avec-borne.html
  3. https://twitter.com/res64328/status/994935129335390209
  4. https://zad.nadir.org/spip.php?article5697
  5. https://paris-luttes.info/paris-8-occupee-les-etudiant-e-s-10217
  6. https://twitter.com/akraland/status/994979618636664832
  7. https://twitter.com/NnoMan1/status/994981096067620864

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