Quelques mots sur les fourmis

Au début, une plaisanterie

Quand j’ai découvert que l’alliance des pucerons et des fourmis avait pourri les feuilles tendres de mon jeune cerisier (un cerisier non greffé, soit dit en passant, qui ne produit que minuscules fruits à peine mangeables), j’ai vu rouge, et j’ai prétendu que les fourmis étaient de droite:

Les fourmis c’est de droite on est d’accord ? – elles ont 1 reine – des soldats – des pucerons qu’elles exploitent – la moitié foutent rien – elles pourrissent les cerisiers Mais à la fin : – elles se font buter par des coccinelles rouge et noir

Or, je ne suis pas entomologiste, ni d’ailleurs très bon connaisseur de la nature en général, et pas spécialement des fourmis, dans le cas présent. Ceci n’était qu’une plaisanterie, et elle le restera, et sans vouloir lui accorder plus d’importance qu’elle n’en a, elle a provoqué d’intéressantes réactions, ce qui m’a motivé à écrire ce court article.

Presque tout dans ce tweet… est faux ou imprécis.

La « reine » n’est qu’une pondeuse et n’est qu’une projection humaine sur un rôle central. Chez les fourmis, les « soldats » travaillent, ce qui correspond plus « l’armée » dont une société anarchiste pourrait avoir besoin, le fait qu’elles ne fassent rien n’est pas une critique, au contraire, c’est la preuve d’une belle efficacité; ce sont les pucerons qui pourrissent les feuilles, et au final, les coccinelles mangent les pucerons sans tuer les fourmis.

N’allez pas me croire sur parole (surtout que ce doit encore être très imprécis – voire faux), si le sujet vous intéresse, renseignez-vous auprès des véritables spécialistes.

Faux, peut-être, mais en accord avec la croyance « populaire » et les lieux communs

La remarque la plus intéressante que j’ai eu à ce sujet – si l’on excepte les corrections scientifiques – c’est que notre vision des sociétés animales, et le vocabulaire qui l’a influencé, était issus d’écrits de naturalistes qui n’étaient pas encore tout à fait des scientifiques. Les fabulistes, comme Ésope (et son héritier, si je puis dire, de la Fontaine), ont utilisé les animaux pour parler des humains, et – en plus de leur donner la parole, leur ont prêté des intentions qu’ils n’avaient pas.

Si vous l’avez loupé, voici un tweet qui a alimenté ma réflexion à ce sujet:

Un autre tweet a mentionné ce même calque abusif quand on parle des loups :

Bref, utiliser des animaux pour parler de politique n’est pas très pertinent…

Les animaux et la nature en général sont fascinants; mais une chose qu’ils faut garder à l’esprit, c’est qu’ils sont surtout le produit de l’évolution, d’une évolution lente. Et que quand l’environnement change: ils disparaissent.

La mise au point des équilibres naturels résulte du mécanisme d’évolution, qui a lieu sur d’innombrables générations, et si jamais ces équilibres devaient s’adapter rapidement, il y a fort à parier qu’ils n’y survivraient pas (je me place ici du point de vue de l’humanité, car si on considère l’univers, ça ne changerai pas grand chose). D’ailleurs, les récentes extinctions nous le montrent assez bien.

… mais analyser notre rapport à ces mythes est politique

Les comparaisons utilisées dans ces mythes n’étaient pas innocentes. Des féministes ont mis à jour l’utilisation d’analogies abusives dans les sciences naturelles pour justifier et conforter le patriarcat. Il existe la même utilisation des « sciences naturelles » pour justifier le racisme, l’homophobie, et bien sur, le capitalisme. La gauche même y a eu recours: on a parlé des ouvrières pour les abeilles, de l’organisation en ruche.

Pour analyser et comprendre les rapports entre les humains, animaux sans pareil, nous devons nous détacher de ces mythes qui gênent notre pensée. En utilisant les apports de la sociologie, de l’ethnographie, de la philosophie… mais sans oublier non plus que la nature – parce que nous sommes des animaux, et qu’elle est notre environnement – à encore beaucoup à nous apprendre.

 

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