Journal de lutte, 27 mai 2018

Gros coefficient pour la Marée Populaire

Près de 250 000  personnes (chiffres CGT) ont défilé à travers la France lors de la Marée Populaire appelée par de nombreuses organisations associatives (Attac, la fondation Copernic), syndicales (SUD, CGT) et politiques (NPA, Génération-s, PCF, France Insoumise, EELV), un chiffre en légère augmentation par rapport à la manifestation du 1er mai.1 Cet événement unitaire était envisagé comme le rassemblement de toute l’opposition de gauche à Macron. Si l’ensemble des manifestations à travers la France ont été très calmes, plusieurs événements significatifs sont à noter à Paris.

Premièrement, le comité Adama – créé à la suite de l’assassinat du jeune homme de 24 ans par la police en juillet 2016 – était présent à l’avant du cortège de tête pour représenter les quartiers populaires, invisibilisés dans les luttes sociales mais qui sont les premiers concernés.2 Comme l’explique Youcef, porte-parole du comité : « Vous vous mettez derrière nous, vous suivez nos luttes. On va au bout du processus, et on prend le contrôle de la manifestation unitaireIls veulent des ouvriers, et ils regardent ailleurs… Alors on va se mettre devant. On n’a besoin de personne pour parler à notre place. » Le collectif dénonce l’hypocrisie des organisations de gauche, qui appellent sans cesse à une convergence des luttes tout en excluant discrètement les quartiers populaires. Pourtant, les quartiers populaires constituent des espaces ultra politisés, leurs habitant-es subissant, bien plus que les autres citoyen-nes, jour après jour les conséquences des politiques antisociales des gouvernements successifs, qui se servent souvent des quartiers populaires comme caution sociale électorale mais qui ne font que passer la question sous le tapis une fois au pouvoir. Les manifestations ne sont pas le but final de la lutte, elles ne sont qu’une démonstration de nombre à un instant T. C’est au quotidien que se construit la lutte, en créant du lien, en menant des actions, en échangeant, en débattant. C’est exactement ce qu’il se passe au sein des quartiers populaires.  Leur absence des manifestations s’est traduite dans la tête de trop nombreux-ses militant-es de gauche comme une passivité des habitant-es de ces quartiers, pourtant souvent mobilisé-es politiquement, mais hors des partis, syndicats ou même codes traditionnels comme les autonomes.

Deuxièmement, plus d’une trentaine de personnes ont été arrêté-es avant même le début de la manifestation, une dizaine d’autres personnes l’ont également été par la suite. Leurs interpellations n’étaient basées que sur des prétextes, des suppositions ou des mensonges. Par exemple, la possession de sérum physiologique (pour les lacrymos), d’un k-way noir, d’une cagoule ou même de lunettes de piscine suffisait aux forces de l’ordre pour s’autoriser l’interpellation. Il y avait notamment des journalistes parmi les interpellé-es, arrêté-es dans l’exercice-même de leur métier.

Troisièmement, l’exécutif a encore franchi un nouveau cap dans sa communication anti-mouvement social. En effet, Gérard Collomb a déclaré que les manifestant-es qui laissaient le black bloc s’attaquer aux symboles du capitalisme étaient complices des violences commises envers les vitrines. Il a expliqué que les manifestant-es « pacifistes » devaient s’opposer aux « casseurs », seule caractéristique des « blacks blocs » (il n’a toujours pas compris ce qu’était le black bloc). Outre le fait de casser des vitrines ne constitue absolument pas de la violence, les propos du ministre de l’Intérieur sont d’une extrême gravité. En effet, il oppose les manifestant-es entre eux, en cherchant à créer une tension entre militant-es syndicaux-ales, associatif-ves ou politiques et le cortège de tête. Comme si ces deux cortèges étaient absolument distincts, négligeant les nombreuses connexions entre eux. Le cortège syndical/politique et le cortège de tête sont les deux côtés d’une même pièce. Leurs membres respectifs appartiennent tou-tes au même camp social mais ont simplement choisi de s’organiser et militer différemment. Gérard Collomb appelle à une guerre interne entre le black bloc et les autres manifestant-es à laquelle nous devons rester uni-es et ne pas céder. Par ailleurs, il suppose quand sans l’opposition du cortège passif au cortège de tête, la droit de manifester pourrait être compromis.

SNCF : reprise de la grève lundi

Un nouvel épisode de grève se prépare pour lundi matin, avec une participation globalement stable. Le soutien populaire au mouvement, lui aussi, se maintient dans des proportions identiques; l’issue du conflit est incertaine. Les médias relaient des avis d’organisations syndicales qui semblent divergents. Sans changement de stratégie, sans passage à un mode d’action qui vise à un blocage plus complet de l’économie, le maintien dans la durée sera difficile.

Après Bure, le nouveau caprice de l’État au Triangle de Gonesse ?

Un (pas si) nouveau projet délirant commence à faire parler de lui: la construction d’un complexe commercial gigantesque aux portes de Paris. Seulement, comme tout bon bétonnage, il implique la destruction de terres agricoles. Aussi les habitants et les associations ont-il réussi à faire annuler le projet dans un premier temps3 grâce à la décision du tribunal administratif de Pontoise. Seulement, comme la construction d’une piste de ski artificielle est apparemment l’urgence du moment pour répondre aux impératifs écologiques, l’État a fait appel de la décision4.

Dans tous nos lieux de vies, des projets comme celui-ci sont suspendus comme des épées de Damoclès au-dessus de nos têtes. Réquisition, pollution, répressions sont les conséquences à prévoir de toute résistance locale, mais la victoire, comme l’a prouvé l’exemple de la ZAD de Notre-Dame des Landes, est possible.

Parcoursup: le gouvernement continue l’enfumage

Face aux critiques du système de choix post-bac, le gouvernement continue d’appliquer la même méthode: faire circuler la ministre sur l’ensemble des médias pour prêcher la bonne parole et tâcher d’endormir la contestation. C’est l’autre partie d’un programme en deux volets, dont le premier consiste à envoyer les CRS.

  1. https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/26/une-maree-populaire-suffisante-pour-faire-chavirer-le-navire-macron_a_23444187/
  2. https://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/05/24/manifestation-du-26-mai-le-comite-adama-s-invite-dans-le-cortege-de-tete_5304112_823448.html
  3. https://actu.fr/ile-de-france/gonesse_95277/la-zac-triangle-gonesse-annulee-par-tribunal-administratif-cergy-pontoise_15802356.html
  4. https://actu.fr/ile-de-france/gonesse_95277/triangle-gonesse-europacity-letat-depose-recours-lannulation-projet_16949858.html

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