Sur la complexité de la question environnementale en politique

La situation environnementale dans laquelle nous évoluons traduit des problématiques nouvelles sur différentes échelles, à la fois locales et globales. Que ce soient les phénomènes climatiques, la pollution matérielle (plastiques, produits toxiques, etc) ou la 6e extinction de masse (disparation de la biodiversité), il s’agit d’étudier des cas scientifiquement complexes, difficilement réductibles à des arguments simples et facilement intégrables à un discours politique. Pourtant, le discours scientifique sur l’environnement subit une déconstruction simplificatrice qui détourne voire invalide son propos initial.

La globalisation de la question environnementale

Dans un système centralisé, aucune place n’est réservée au particularisme, l’homogénéité globale prime sur la spécificité locale – l’objectif n’est pas ici de faire une critique de la centralisation, cela fera l’objet d’un autre billet. La problématique environnementale ne déroge pas à la règle et pâtit de la tendance globalisante/uniformiste qui sclérose le champ politique. Mais plus que toute autre, la question environnementale ne peut être réduite à un phénomène global et uniforme. Sa spécificité réside précisément dans une différenciation locale des problématiques : sur le plan climatique, on observera des augmentations et diminutions locales de température d’amplitudes variables, sur le plan des ressources, les réserves sont localement très variables en termes de nature, d’abondance ou d’accessibilité, sur le plan de l’anthropisation – transformation par l’homme – des milieux, les zones urbaines et rurales induisent une exploitation différente des sols, des constructions différentes, des mobilités différentes, etc… Même si des similitudes peuvent être établies entre les différents milieux et leurs particularités locales, il est tout bonnement impossible de faire émerger un constat global facilement explicable dans des termes courants, non-issus du champ scientifique. Cette globalisation lisse les disparités de la réalité scientifique étudiée au départ et détruit toute tentative d’adaptabilité locale aux changements observés (cette adaptabilité ne pouvant être que le fruit d’une réappropriation de la décision politique par les habitant-es, limitée par l’inexactitude du discours médiatique non-spécialiste). En effet, on explique par des tendances globales des situations qui sont généralement multifactorielles (avec des facteurs locaux souvent inattendus) puis on applique une solution générique en faisant fi de toute réciprocité avec les populations locales, pourtant au premier rang et gardiennes de l’évolution durable du milieu considéré.

Après tout, l’analyse scientifique n’est qu’une modélisation, intrinsèquement réductrice, d’une réalité matérielle vaste et complexe, elle-même de nouveau simplifiée pour être communiquée au « public » non-expert. Cette globalisation de la question environnementale serait donc inéluctable car inhérente à la communication publique de thématiques scientifiques. Seulement, la simplification est ici honteusement grossière et dépasse la nécessaire simplification pour la communication grand-public. Malgré ces avertissements qui ont certainement traversé l’esprit des scientifiques, la communication politico-médiatique autour de l’environnement s’est engagée dans cette globalisation des problématiques environnementales – avec en première ligne le « réchauffement climatique », particulièrement représentatif du dévoiement de concepts scientifiques au service d’intérêts politiques.

Le réductionnisme climatique

Les spécificités locales des problématiques environnementales sont occultées par une globalisation grossière qui uniformise à la fois leurs causes et leurs solutions. Mais elle n’est pas la seule simplification qui s’exerce à propos de l’environnement et de notre façon de le considérer. Un effet de serre additionnel d’origine anthropique est actuellement en train de s’ajouter à l’effet de serre naturel – qui est responsable du développement d’espèces vivantes sur la surface de la Terre. Bien que cela a des conséquences climatiques variables à la surface du globe, ce phénomène tend à être réduit à sa dimension globale, qui est basée sur une moyenne de toutes les températures du globe, lissant les spécificités locales, comme nous l’avons vu précédemment. Dès lors, le réchauffement climatique est agité aux yeux de tou-tes comme une catastrophe responsable d’absolument toutes les manifestations météorologiques. Celles-ci sont identifiées comme des dérèglements climatiques qui dépassent ainsi une « règle » ou « normalité » climatique qui a toujours postulé l’existence, rare mais réelle, de tels phénomènes. De l’augmentation de leur fréquence jusque leur intensité, l’ensemble de leurs caractéristiques inhabituelles est attribué au climat, parfois à raison, parfois à tort. En revanche, l’anthropisation des milieux n’est jamais évoquée comme une cause amplifiant les impacts des phénomènes climatiques. Par exemple, en cas de pluies torrentielles, les sols des centres-villes entièrement bitumés seront dans l’incapacité d’absorber l’eau qu’un sol terreux plus classique aurait pu partiellement éponger. Ce genre de simplifications peut sembler malhonnête mais elles sont seulement représentatives des intérêts politiques qui traversent la question environnementale.

La complexité des intérêts politiques environnementaux

Sous couvert de militantisme écologiste, de juteux contrats sont constamment signés par des multinationales ou directement par des états, favorisant le développement de certaines industries par les multinationales. Le réductionnisme climatique précédemment évoqué érige les émissions de CO2 comme la menace globale la plus grave touchant l’Humanité. Un discours catastrophiste qui arrange bien les producteurs de panneaux photovoltaïques, d’éoliennes ou tout autre installation d’extraction d’énergie renouvelable à première vue décarbonée, qui se gardent bien de rappeler les problématiques liées à l’extraction et la production de ces installations « vertes » ou de leur élimination polluante une fois le matériel obsolète. Il arrange aussi les industriels de l’industrie nucléaire civile dont l’énergie est particulièrement décarbonée elle aussi mais qui présentent des risques très importants en matière de sécurité des installations ou de traitement des déchets. Les deux camps décarbonés s’opposent donc conjointement aux énergies fossiles émettrices de GES mais se livrent également une petite guerre entre elles pour déterminer quelle solution est la plus écologique.

En prenant un peu de recul, on constate que toute méthode d’extraction de l’énergie comporte des impacts environnementaux à prendre en compte. Fréquemment, une nouvelle source d’énergie est présentée comme parfaitement écologique au grand public, avant que des chercheur-ses un peu plus scrupuleux creusent un peu pour découvrir des impacts insoupçonnés mais considérables de cette nouvelle technologie. Cette occultation d’impacts néfastes pour l’environnement des nouvelles technologies énergétiques témoigne des intérêts politiques qui sclérosent le discours environnementaliste libéral.

La multitude de discours sur l’environnement

Le vocabulaire de l’environnement – qu’il soit militant, scientifique ou politicien – regorge de termes aux significations diverses. Plusieurs visions de l’environnement (et du monde) cohabitent, parmi lesquelles il est possible de distinguer les approches spirituelle (1) et matérielle, elle-même pouvant être distinguée entre environnementalisme (2) et écologie (3).

(1) Le discours spirituel accorde une forme d’autorité à la « Nature », qui devient une entité régulatrice des interactions entre les être vivants. Il existerait un équilibre naturel que les humain-es auraient dépassé, entrainant des effets dévastateurs – changements climatiques, etc. Ces soi-disant dépassements sont qualifiés de décadents et ne se limitent pas seulement aux installations techniques, les partisan-es de ce mode de pensée assimilant des progrès sociaux à cette même décadence humaine. L’écologie sert ainsi de caution naturaliste à d’autres positions fondamentalement réactionnaires – racistes, LGBTphobes, élitistes. Il faut donc évacuer les termes réactionnaires du discours écologiste pour qu’il ne contamine pas nos milieux par ses significations conservatrices.1

(2) Le discours environnementaliste considère l’environnement comme un stock de ressources, la seule justification de sa protection étant la perpétuation d’une exploitation rentable de celui-ci. 2

(3) Le discours écologiste s’intéresse quant à lui aux relations entre les être vivants et leur milieu par le maintien de celles-ci, sans les altérer. L’objectif n’est pas ici de rentabiliser au maximum l’environnement en fonction de la valeur marchande que l’on peut lui accorder, mais de favoriser, par la coopération, ce qu’il peut nous apporter (sur tous les plans).

Il est important de distinguer à quel discours nous avons à faire pour comprendre les intentions de la personne que l’on écoute/lit.

Que fait-on ?

En matière d’environnement, les problématiques traitées sont complexes, les solutions pour les résoudre le sont donc également. Tous les solutions « vertes » simplistes – promues par la classe dirigeante politico-économique, avec un relais médiatique considérable – ne sont pas strictement positives : elles génèrent souvent d’autres impacts négatifs que les technologies qu’elles remplacent, mais qui demeurent importants à prendre en compte. Cet article n’avait aucune vocation militante stratégique, il s’attachait seulement à forger un recul critique du milieu militant vis-à-vis des soi-disant révolutions technico-énergétiques.

  1. https://twitter.com/twoinou_/status/1026762834334679041
  2. https://twitter.com/twoinou_/status/1008418960407171078

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